L'aîné, au contraire, se fatigua pour sa part autant qu'il avait fait pour le bien commun: il garda lui-même ses troupeaux, ayant l'oeil à tout; malgré cela, il ne trouva partout que mauvais succès et dommage; de jour en jour tout lui tournait à mal, jusqu'à ce qu'enfin il devint si pauvre qu'il n'avait même plus une paire d'opanques[1], et qu'il allait nu-pieds. Alors il se dit:
«J'irai chez mon frère voir comment les choses vont chez lui.»
[Note 1: C'est la chaussure des Serbes, qui est faite avec des lanières de cuir.]
Son chemin le menait dans une prairie où paissait un troupeau de brebis, et quand il s'en approcha, il vit que les brebis n'avaient point de berger. Près d'elles, seulement, était assise une belle jeune fille qui filait un fil d'or.
Après avoir salué la fille d'un: «Dieu te protège!» il lui demanda à qui était ce troupeau; elle lui répondit:
«A qui j'appartiens, appartiennent aussi ces brebis.
—Et qui es-tu? continua-t-il.
—Je suis la fortune de ton frère,» répondit-elle.
Alors il fut pris de colère et d'envie, et s'écria:
«Et ma fortune, à moi, où est-elle?»