«Va sur la montagne, tu arriveras droit à son château; mais, quand tu seras près du Destin, ne t'avise pas de lui parler; fais seulement tout ce que tu lui verras faire jusqu'à ce qu'il t'interroge.»

Le voyageur remercia l'ermite et prit le chemin de la montagne. Et quand il fut arrivé dans le château du Destin, c'est là qu'il vit de belles choses! C'était un luxe royal, il y avait une foule de valets et de servantes toujours en mouvement et qui ne faisaient rien. Pour le Destin, il était assis à une table servie et il soupait. Quand l'étranger vit cela, il se mit aussi à table et mangea avec le maître du logis. Après le souper, le Destin se coucha; l'autre en fit autant. Vers minuit, voici que dans le château il se fait un bruit terrible, et au milieu du bruit on entendait une voix qui criait:

«Destin, Destin, il y a aujourd'hui tant et tant d'âmes qui sont venues au monde; donne-leur quelque chose à ton bon plaisir!»

[Illustration]

Et voilà le Destin qui se lève; il ouvre un coffre doré et sème dans la chambre des ducats tout brillants, en disant:

«Tel je suis aujourd'hui, tels vous serez toute votre vie!»

Au point du jour, le beau château s'évanouit, et à sa place il y eut une maison ordinaire, mais où rien ne manquait. Quand vint le soir, le Destin se remit à souper, son hôte en fit autant; personne ne dit mot. Après souper, tous deux allèrent se coucher. Vers minuit, voici que dans le château recommence un bruit terrible, et au milieu du bruit on entendait une voix qui criait:

«Destin, Destin, il y a aujourd'hui tant et tant d'âmes qui ont vu la lumière; donne-leur quelque chose à ton bon plaisir!»

Et voilà le Destin qui se lève; il ouvre un coffre d'argent; mais cette fois il n'y avait pas de ducats, ce n'était que des monnaies d'argent mêlées par-ci par-là de quelques pièces d'or. Le Destin sema cet argent sur la terre en disant:

«Tel je suis aujourd'hui, tels vous serez toute votre vie!»