—Appelle-moi ta petite maman, disait Marie, et obéis-moi comme à ta mère; dans un instant je reviens.»

[Illustration]

Elle se retourna, et, en se retournant, elle poussa un cri. Devant elle était Madeleine, toujours immobile; de grosses larmes lui tombaient des yeux; elle voulait parler, ses lèvres s'agitaient sans prononcer un mot. Sa colère, soudain arrêtée et chassée par une émotion contraire, c'était une secousse trop forte pour l'ouvrière; elle ne revint à elle qu'en sanglotant.

«Mademoiselle, s'écria-t-elle, laissez-moi vous embrasser; et croyez que ce n'est pas une ingrate que vous obligez!

—Embrassez-moi, ma bonne Madeleine, dit ma cousine avec son aimable sourire, votre baiser me portera bonheur; mais faites vite, nous ne pouvons laisser cette enfant dans des draps qui sentent la fièvre. Je reviens dans un instant.»

Madeleine, trop émue pour marcher, la suivit d'un long regard et se mit à fondre en larmes:

«Voilà, s'écria-t-elle, un coeur d'or! Celle-ci nous aime et nous comprend; elle ne nous humilie pas par sa pitié.»

V

Tandis que le calme rentrait au sixième étage, tout était agité dans la loge. M. de la Guerche, en homme de sens, avait compris que Marie ne courait aucun danger; il avait assez rudement remercié Mme Remy et Rose de leurs craintes et de leur empressement. Les deux femmes, entourées des domestiques de la maison et des voisines du quartier, ne savaient trop comment expliquer tout le bruit qu'elles avaient fait. Mme Remy, la prudence même, congédiait tous les curieux pour ne pas déplaire à Monsieur. Mlle Rose poussait de gros soupirs et murmurait, assez haut pour qu'on l'entendît, que les maîtres n'étaient que des ingrats.

Quand les deux femmes se trouvèrent enfin seules, Rose enfonça ses mains dans les deux poches de son tablier: