La Poste est un monopole: à ce titre, elle a pour mission et pour devoir de servir les besoins publics dans une mesure qui n'a d'autre limite que la limite même de ces besoins. Or, le développement économique et la diffusion des lumières ont pris, dans les années qui viennent de s'écouler, l'extension que chacun sait, et tous ces éléments de la grandeur morale et matérielle de l'Empire ont réagi d'une manière directe sur le mouvement des correspondances. L'accroissement de son revenu postal témoigne de l'activité d'un pays, et en France cet accroissement est régulier et continu. Le revenu brut de l'Administration des Postes, qui était de 63 millions en 1860, s'est élevé à 66 millions en 1861,—à 69 millions en 1862,—à 72 millions en 1863,—et atteindra 75 millions en 1864. Il s'accroît donc régulièrement de 3 millions par an, accroissement qui représente, pour les quatre dernières années seulement, une proportion de 18 p.%. Je dois d'ailleurs rappeler que, dans cette période, le droit sur les transports d'argent a été réduit de 2 à 1 p.%, réduction qui a coûté au Trésor une somme annuelle d'environ 700,000 fr.

Mais c'est moins le chiffre du produit que le nombre des objets transportés qui témoigne de l'accroissement du mouvement postal. La Poste transporte des lettres simples au prix de 20, de 10, de 5 centimes, et des imprimés au prix de 1, de 2 et de 4 centimes; c'est donc dans le nombre plus que dans le produit que se révèle la loi du développement des correspondances.

Le tableau suivant donne avec précision le nombre des objets transportés pendant les quatre dernières années:

Tableau représentant le nombre d'objets de toute nature transportés par le service des postes, ainsi que le nombre de mandats d'articles d'argent émis par le même service pendant les années 1860 à 1964.

+--------------------------------------------------------------+-----------+
| | NOMBRE DE | |
+------+-------------------------------------------------------+-----------+
|ANNÉES| Lettres. |Journaux, |Charge- |Contre-. |Mandats | TOTAL. |
| | |imprimés et|ments. |seings. |d'articles| |
| | |échan- | | |d'argent. | |
| | |tillons. | | | | |
+------+-----------+-----------+---------+----------+----------+-----------+
|1860 |263,500,000|179,138,000|1,729,036|46,080,000|3,492,701 |493,939,737|
|1861 |273,200,000|188,930,000|1,997,700|57,600,000|3,572,019 |525,299,719|
|1862 |283,000,000|202,000,000|2,254,700|72,000,000|3,511,957 |562,799,657|
|1863 |290,000,000|212,000,000|2,700,000|86,200,000|3,700,440 |591,600,440|
|1864ª |298,000,000|230,000,000|3,200,000|97,000,000|3,910,000 |632,140,000|
|[Note a: Les chiffres pour 1864 sont approximatifs.] |

Aux termes de ce tableau, les proportions d'accroissement sont les suivantes:

Sur les lettres 13 %
Sur les journaux et imprimés 28 %
Sur les chargements 85 %
Sur les contre-seings (correspondances administratives) 110 %
Sur les mandats 12 %
Sur le total des objets transportés 28 %

Il est donc vrai de dire que le mouvement postal a augmenté de plus d'un quart dans les quatre dernières années.

J'ajoute que, pendant la même période, le mouvement postal de Paris, qui représente à lui seul les deux cinquièmes du mouvement total de la France, a suivi une progression infiniment plus considérable, et qu'alors que, sur toute la surface de l'Empire, le nombre des correspondances augmentait de 28 % à Paris seul, ce nombre s'élevait de moitié (53 %)1.

Telle est la vérité.