Le lieutenant me quitta exaspéré de colère.
Ce parasite croyait,—ou du moins, on l'aurait pensé par sa manière d'agir,—que la seule utilité d'un chapeau était de pouvoir le tenir pointé vers la terre, comme la preuve d'une basse et rampante nature.
Quoiqu'il eût adroitement accaparé les bonnes grâces du capitaine, ses plaintes contre moi, lorsqu'il m'accusa d'une insolente désobéissance, ne produisirent aucun effet. Il m'en garda une si vive et une si profonde rancune, qu'il saisit avec une âcre méchanceté toutes les occasions pour entasser sur ma conduite une innombrable suite de méfaits. S'il réussit parfois à m'attirer de graves punitions, il fit grandir dans mon sein une haine qui rêva, qui chercha, et qui enfin exécuta son projet de vengeance...
Une seconde cause se rattache encore à la naissance de la tendresse qu'Aston me portait.
Pendant que nous rasions la côte entre Madras et Bombay, un bâtiment aux allures suspectes, après avoir essayé d'éviter nos regards, chercha à fuir sans que nous eussions manifesté, ni par un signal ni par un appel, le désir de le connaître. En voyant cette manœuvre, le capitaine donna l'ordre d'apprêter trois bateaux et de poursuivre le mystérieux bâtiment.
Je fus placé dans le bateau commandé par mon ennemi, le second lieutenant.
Il était mieux équipé et mieux armé que les autres.
Aston se trouvait dans le second bateau.
Le bâtiment, que nous supposions être un pirate des côtes de Goa, continuait, à force de voiles, sa course vers le rivage, et nous eûmes, malgré la rapidité de notre marche, une vive crainte de ne pouvoir l'atteindre avant qu'il fût arrivé à son but.
Un vent frais qui s'éleva au même instant nous en rapprocha, et nous allions l'atteindre, lorsque la frégate tira un coup de canon et hissa son pavillon de rappel.