—Je rendrai compte de votre conduite! cria le lieutenant en fureur.
—Ramez vers le rivage, dit Aston à ses hommes, dans dix minutes nous atteindrons le malais.
Au moment où notre vaisseau toucha la proue du malais, je saisis un cordage, m'élançai à son bord, et avant que mon pied eût touché le pont, j'avais fendu la tête à un homme d'un violent coup de sabre. Deux ou trois matelots m'avaient suivi, et nous faisions sans miséricorde un massacre de tous ceux qui nous tombaient sous la main. Les Malais sortaient hors du bâtiment dans un effroyable désordre. J'étais tellement excité, tellement exaspéré par ma propre violence, que, rendu tout à fait furieux en les voyant fuir, je saisis un mousquet et je fis feu.
Tout à coup Aston me saisit violemment par le bras:
—Ne m'entendez-vous pas? cria-t-il, je vous appelle à tue-tête; au nom du ciel, que faites-vous? Êtes-vous fou? êtes-vous enragé? Votre exemple a rendu tous mes gens insensés. Posez votre mousquet, vous n'avez pas le droit de toucher ces hommes.
—Ce bâtiment n'est donc pas un pirate malais? demandai-je étonné.
—Comment puis-je savoir ce qu'il est? me répondit-il; vous auriez dû attendre mes ordres avant d'agir. Peut-être n'est-ce qu'un innocent vaisseau du pays.
Ma rage se calma soudain, et j'eus l'angoisse affreuse d'avoir peut-être compromis Aston.
Mais je vis bientôt avec une joie inexprimable que mon emportement serait sans résultat désavantageux pour mon ami. Les sauvages commençaient à faire feu sur nous, et notre agression allait se changer en défense. Pendant que leurs canots armés s'arrêtaient pour secourir leurs compatriotes tombés ou nageant dans la mer, nous coulâmes à fond leur vaisseau; et, lancés activement sur nos bateaux, nous regagnâmes la frégate, qui s'était rapprochée. Aston amenait avec lui deux Malais blessés.
Après l'escarmouche, j'essayai d'adoucir la colère d'Aston, et j'y réussis si bien, qu'après m'avoir réprimandé, il fit au premier lieutenant un éloge si pompeux de mon courage et de mon intrépidité, que la plainte d'insubordination qu'avait portée contre moi le second lieutenant ne m'attira aucune punition.