Quelques jours après le premier acte de notre petite comédie de vengeance, le lieutenant apprit que le dessin avait été fait par Walter.

—Je croyais que cet infâme barbouillage était l'œuvre du vagabond—j'étais ledit vagabond—l'œuvre de cet enfant du diable, car il est capable de toutes les atrocités, mais on le protége ici; son insolence n'a-t-elle pas le soutien du premier lieutenant, celui d'Aston? Petit misérable, petit brigand, il mourra sur les pontons: je ne puis rien contre lui; mais quant à Walter, à ce blême et maladif garçon qui est battu et maltraité par tout le monde, pardieu! je le dégoûterai tellement de la vie, qu'il finira par se noyer.

L'Écossais s'appliqua si lâchement à tenir sa parole, qu'à force de ruse, de lâcheté, de perfidie, il arriva à persuader au capitaine et au premier lieutenant que Walter était indiscipliné, paresseux, insolent, incapable de remplir le plus simple devoir.

Walter fut donc constamment puni, et tomba dans le désespoir.

Un jour, exaspéré par l'injustice d'une punition sans motif, il répondit insolemment à l'Écossais et refusa de lui obéir.

Son insubordination prit sur les lèvres du lieutenant des proportions si révoltantes contre la discipline, que Walter fut dégradé de son titre d'officier et attaché au mât comme un criminel.

Malgré la défense expresse de parler au malheureux garçon, j'essayai de le consoler; mais son cœur si doux, si patient, si bon, était littéralement brisé: il se dégoûta de la vie, et j'eus la douloureuse crainte qu'il ne réalisât le monstrueux souhait du lieutenant, qui tentait de le pousser à se donner la mort.

Toutes mes paroles d'amitié et d'encouragement restaient perdues: Walter ne les entendait pas, il ne les écoutait pas. Cette inertie m'affectait horriblement. Enfin j'employai le dernier moyen que me suggérait ma tendresse pour le pauvre enfant, en lui disant que j'avais pris la détermination de quitter le vaisseau et la marine aussitôt que nous serions arrivés à un port. En l'engageant à prendre courage, à me suivre, je lui dépeignis le délicieux plaisir que nous ressentirions en prenant une vengeance terrible des méchancetés de notre ennemi. L'espoir de cette revanche fit plus que toute la tendresse de mes paroles. Walter se ranima et parut reprendre ses devoirs avec le désir d'attirer sur lui la bienveillance de ses chefs.

Son persécuteur infernal continua de le tourmenter avec une inexorable persistance; il contraignit Walter à travailler avec les garçons de l'artimon; il l'obligea à s'habiller comme les matelots, à manger avec eux. Ce lâche, qui ne rougissait pas de torturer un enfant, usa de toute son influence sur le capitaine pour flétrir Walter par la honte d'une punition corporelle. Le commandant, juste et bon malgré sa faiblesse, refusa avec énergie d'accéder à cette demande.