—Est-ce la loi? Je ne puis pas la trouver: elle n'est pas dans mon livre.
Tel est, en un mot, le résumé de leurs réponses aux avocats de l'humanité. À chaque appel, ils restent aussi sourds que des crocodiles, et pendant que vous leur parlez de charité chrétienne, ils fouettent ou donnent l'ordre de fouetter le dos nu d'un pauvre esclave succombant de fatigue sous le poids d'une trop lourde charge.
J'ai vu de ces malheureux nègres couverts d'ulcères, et dont les plaies saignantes étaient déjà à moitié dévorées par des mouches et par des vers. C'est alors que ces infortunés appellent de tous leurs vœux celle que les riches craignent tant: la mort, la mort qui devient leur seul refuge, leur seule espérance, est accueillie comme une fée bienfaisante, et, après la suprême séparation de l'âme d'avec le corps, ce corps, masse morte et corrompue, est jeté, sans cercueil, dans la mer ou dans un fossé. J'ai vu le dos de ces pauvres martyrs aussi couvert de nœuds qu'un pin, et la peau en était aussi dure et aussi rocailleuse; de cette peau, semblable à de l'écorce d'arbre, le sang tombait goutte à goutte comme de la gomme.
Pendant que des centaines de ces malheureux travaillaient tous les jours dans les chantiers, à Port-Louis, sous un soleil brûlant, leurs maîtres, abrités et protégés dans l'intérieur de leurs habitations, se plaignaient de la chaleur en faisant de temps à autre des pas de tortue pour donner un ordre.
La pitié et la douleur que je ressentis en voyant le déplorable état dans lequel se trouvaient les esclaves à l'île Maurice, ne pouvaient être comparées, dans l'énergie de leur sensation, qu'à l'ardent souhait que je fis en suppliant le ciel d'envoyer sur la tête des oppresseurs les plus terribles malédictions. Ces monstres seront un jour anéantis, je l'espère, et s'ils doivent être immortels, que ce soit dans l'éternité, mais dans une éternité de souffrance. En toute justice, le mal qu'ils ont fait aux nègres doit leur être rendu, et je défie l'invention la plus hardie des démons d'arriver à égaler la cruauté de ces êtres sans âme.
Quoique ce barbare traitement des esclaves ne fût pas tout à fait aussi rigoureux dans l'intérieur de l'île, je me hâtai, le cœur plein de dégoût, de reconquérir, en terminant mes affaires le plus promptement possible, le bonheur d'aller chercher quelques jours de repos sur la colline déserte et boisée que de Ruyter m'avait indiquée comme étant le lieu de sa résidence. Je savais que là, s'il y avait du pouvoir, la douleur de l'oppression y était non-seulement adoucie, mais encore à peine sensible.
De Ruyter rentra au grab le troisième jour de son départ, et, quoique actif et énergique dans toutes ses entreprises, il fut étonné de l'extrême promptitude que nous avions mise à opérer le débarquement. Le vaisseau qui, avec sa carène chargée et toutes voiles déployées, était entré dans le port quelques jours auparavant à demi submergé sous le poids de sa cargaison, flottait maintenant sur l'eau aussi légèrement qu'une mouette endormie. Ses voiles étaient détendues, ses mâts et ses vergues baissés et démantelés, et le grab lui-même amarré près du rivage.
De Ruyter apprit à Aston qu'il avait obtenu la permission de le garder avec lui, ainsi que les quatre hommes de sa frégate, et que la parole d'honneur du jeune lieutenant était la seule chaîne qui l'attachât au grab.
Aston parut enchanté, et serra avec une reconnaissante affection la main de de Ruyter.
À l'arrivée de notre commandant, je traitais avec Aston la grande question des esclaves. De Ruyter prit la parole et nous dit: