Si je cherchais à attirer leur attention en leur jetant ma lance ou une pierre, ils montaient doucement et d'un air chagrin sur une branche plus élevée, ou bien encore ils changeaient simplement de place. Il n'y avait pas, sous ce ciel brûlant, un autre animal visible.
Notre vive jeunesse, notre santé de fer semblaient nous mettre à l'épreuve du soleil, car nous marchions joyeusement, insouciants de tous les obstacles que nous présentaient les buissons, les bambous et les ronces. Nous débarrassions les chemins avec nos lances, et nous nous faisions un passage aussi adroitement que les sangliers dont nous cherchions les traces.
En traversant la rivière pour rentrer au logis (midi venait de sonner dans nos estomacs), nous fûmes étonnés d'entendre tout près de nous la détonation d'une arme à feu. Cette détonation, dont le silence tripla la sonorité, fut semblable à celle d'un coup de canon, car elle se répéta de rocher en rocher.
Dans une seconde, tout le bois fut en confusion; tous ses hôtes, effrayés, s'agitèrent. Nous courions vers l'endroit d'où le coup de mousquet avait dû partir, quand un sanglier, suivi par une litière de petits, qui joignaient au cri de leur mère leur timide voix, passa rapidement devant nous.
Nous nous jetâmes hardiment à la poursuite de cette précieuse bande. La féroce mère se retourna et mit sa poitrine entre ses enfants et nos armes.
Je voudrais que ma bonne mère pensât ainsi quelquefois aux siens; mais il y a si longtemps qu'elle leur a donné le jour, qu'il est bien possible qu'elle ne s'en souvienne plus.
Je devançai Aston, et je me précipitai au-devant du sanglier. Ma lance se brisa, car le coup, mal dirigé, ne fit qu'effleurer la peau dure et ridée de l'animal. La terre, sèche et glissante, me fit perdre pied, et je tombai devant la bête. Je saisis le petit poignard que j'avais dans ma poitrine, et, sans m'effrayer des regards féroces et des défenses énormes de mon ennemi, j'allais l'attaquer quand Aston me cria:
—Restez tranquille! ne bougez pas!
Je retins mon haleine, et je sentis la lance d'Aston glisser au-dessus de moi. Elle atteignit le sanglier au cœur, et la bête, expirante, tomba sur moi.
Une voix inconnue s'écria aussitôt et d'un ton ravi: