—Descendons, et, après avoir discuté cette grave question, discutons celle bien moins grave d'un verre de claret.

—Quel parti allez-vous prendre relativement à Zéla? me demanda Aston.

—Quel parti je vais prendre, mon ami? comment! vous n'avez donc pas entendu? Mon parti est pris; tout est terminé.

—Quelle est donc la chose terminée?

—Mon mariage, sans bans ni chuchoteries. Ce n'est que pareil à la première secousse qu'on ressent en se baignant: les timides souffrent le plus en entrant dans l'eau peu à peu; les courageux s'y plongent la tête la première et ne sentent pas la douloureuse sensation que fait éprouver l'étreinte de l'eau. Je ne suis pas craintif; s'il faut que je plonge, donnez-moi de l'eau profonde et une hauteur pour sauter dedans.

—Mais, mon garçon, réfléchissez, dit Aston. Zéla n'est qu'une enfant, et vous l'avez à peine vue.

—Bien. Mais quel Arabe voit une femme avant de l'avoir épousée?

—Comment pourrez-vous l'emmener en Angleterre? Votre intention n'est pas de passer votre vie avec des Arabes?

—Pourquoi pas? Je n'ai pas de patrie, pas de foyer domestique. Le vieux père rais dit que mon pays est ici. Je l'admets, car je l'aime. Je préfère le soleil à la neige. Allons, Aston, ne froncez pas le visage comme le fronce un curé dans sa chaire en exhortant ses paroissiens à obéir à l'appel de sa cloche. Allons, allons, effacez les rides de votre front, videz ce verre de vin de Bordeaux. N'avez-vous pas entendu dire qu'on célébrait ce soir la confirmation de mon mariage? Faisons-le gaiement. Je déteste les sermons et j'aime le vin: buvons!

Nous passâmes la soirée à fumer et à vider des bouteilles. De Ruyter et Aston me plaisantèrent, mais mon humeur était trop joyeuse pour s'attrister d'une bagatelle aussi insignifiante qu'un mariage. Je le traitais légèrement en ce temps-là.