Franchissant d'un bond le plat-bord du schooner, je tombai presque agenouillé auprès de ma chère Zéla, et mes mains frémissantes voulurent se croiser, comme autrefois, autour de sa taille d'abeille, mais la belle enfant n'avait déjà plus la frêle ceinture d'une jeune fille. Je pris donc dans mes bras mon précieux trésor, et je l'emportai dans ma cabine.
Le contre-maître, qui attendait des questions ou des ordres, m'avait silencieusement suivi.
—Avez-vous vu des étrangers dans la largue, Strang? lui demandai-je.
—Les bateaux du pays, et rien de plus, capitaine.
—Bien! Faites lever l'ancre, nous allons diriger notre course vers l'est.
Le contre-maître remonta sur le pont, et, à la prière de Zéla, je consentis à accorder un peu d'attention aux blessures que j'avais reçues.
Les grands et nombreux plis de mon abbah, fait en drap de poil de chameau, et les châles qui entouraient mes reins m'avaient préservé de l'atteinte du poignard; mais mes yeux étaient noircis par le coup que j'avais reçu sur le front, et mon poignet gauche me faisait cruellement souffrir.
La vieille Kamalia me mit une compresse sur la tête, enveloppa soigneusement mon poignet, et ma jeune et belle Arabe parfuma mes tempes et frotta mes membres roidis avec de l'huile et du camphre.
Les remèdes employés pour soulager mes douleurs, remèdes qui les guérirent et d'une manière presque radicale, furent l'huile chaude, le magnétisme d'une main charmante, un poulet rôti, du vin de Bordeaux, du café, une pipe et deux lèvres roses. Lequel de ces remèdes a le mieux opéré, je l'ignore; je sais seulement qu'ils me rendirent la santé. Mon bras seul résista au charme de ces applications externes et internes, car je fus obligé de le garder pendant longtemps enveloppé dans une écharpe; je crois même qu'il n'a jamais reconquis sa force première.
En me quittant, de Ruyter m'avait dit: