Une nuit, nous étions à la hauteur de Madère, et le vent soufflait avec violence, un homme placé en vigie cria:

—Une voile étrangère à notre gauche!

—Très-bien, répondis-je, je vais avertir.

Mais avant de remplir ma mission, je jetai un coup d'œil sur la mer, où je ne vis qu'un énorme nuage noir. Je trouvai l'officier de faction endormi sur la glissoire d'une caronade. La vue de ce sommeil si calme au moment de la tempête fit naître en moi le premier sentiment de haine et de vengeance qui eût jamais entr'ouvert les replis de mon cœur.»

—Bien! m'écriai-je en interrompant le capitaine, vous avez poignardé le coquin et jeté sa carcasse dans la mer?

«—Non, monsieur, non. J'étais jeune, et ma rancune n'avait encore que la malice de l'enfance. Si je rencontrais aujourd'hui cet homme sans âme, j'agirais peut-être avec plus de vaillance que je ne l'ai fait à cette époque. Je ne troublai point le sommeil de mon ennemi; je descendis doucement auprès du capitaine, que je réveillai en lui disant:

—Il y a un grand vaisseau de notre côté, sous le vent.

—Où est l'officier de quart? me demanda le capitaine en sautant hors de son lit.

—Je l'ai inutilement cherché, monsieur.

—Il n'est pas à son poste! s'écria le capitaine en se précipitant sur le pont.