—Ma tête est en feu; j'ai un incendie dans le corps.

J'aimais sincèrement Louis, et je suivais avec une peine profonde l'altération rapide qui se manifestait sur sa bonne et loyale figure.

Je lui pris le bras, et, sans résistance de sa part, je parvins à le conduire dans ma cabine, chargeant la douce Zéla de lui donner des soins.

—Lady Zéla n'est point une femme, me dit Louis en se jetant sur ma couche, c'est un ange de bonté, un ange descendu du ciel.

Louis tomba bientôt dans un sommeil fiévreux, agité, presque convulsif, puis enfin dans une insensible torpeur dont les instants lucides étaient remplis par l'indistinct murmure d'incohérentes paroles. Au point du jour, par une habitude qui survivait à l'égarement de l'esprit et à la faiblesse du corps, Louis se souleva sur un de ses coudes et dit d'une voix distincte:

—Garçon, apportez-moi la bouteille.

Fatigué et à moitié endormi, le garçon se traîna vers l'armoire consacrée, et y prit une bouteille remplie de genièvre.

—Comment vous trouvez-vous, Louis? demandai-je.

—J'ai chaud, j'ai très-chaud, capitaine; je meurs de soif, et mon corps, aussi sec qu'un morceau de bois calciné, n'a pas la moindre moiteur. Je suis dans un four, je brûle; garçon, la bouteille, la bouteille!

Je n'eus pas le courage de résister au suppliant regard que Louis jeta sur le skédam, ni celui de regarder longtemps l'avide joie de ses mains tremblantes lorsqu'elles prirent le verre plein de liqueur. Mais au moment où l'esprit de la vie (suivant Louis) toucha ses lèvres blanches et glutineuses, il jeta le verre loin de lui en s'écriant d'un ton désespéré: