—J'ai dit à l'homme de boire de l'eau de congée avec du citron dedans, et de laver sa jambe avec de l'eau-de-vie; mais il a lavé son gosier avec la liqueur, et la plaie avec de l'eau de congée.
—Vraiment! alors le brave vous montrait qu'il était plus instruit que votre ordonnance; ce gaillard méritait de vivre et vous de mourir.
Van maudit avec véhémence le médecin qui avait déserté son poste pendant la bataille; il enviait ce poste de toutes les forces de son âme. Ensuite Van demanda à examiner ma blessure.
—Selon l'apparence, me dit-il, tous les chirurgiens croiraient que quelques morceaux de vos vêtements sont entrés avec la balle, et qu'ils empêchent la plaie de se cicatriser; mais une longue suite d'expériences m'ont prouvé que, dans une blessure causée par une balle, il importe fort peu qu'elle entraîne avec elle un fragment d'étoffe; ce fragment sera masseux, à moins que la balle ne soit presque consumée, et alors la blessure qu'elle cause n'est point profonde.
Van conclut son discours en me disant qu'il voyait des symptômes de jaunisse dans mes yeux et sur ma peau.
Le vieux contre-maître, qui se tenait à côté de moi la bouche béante d'étonnement, car il ne comprenait rien à ce langage embrouillé et scientifique, s'écria tout à coup:
—Je voudrais savoir quel vaisseau il met à l'eau maintenant. Je suis depuis trente ans dans la marine, et cependant je n'ai jamais entendu parler du Hajademee et du Chylapostic! Je suppose que ce sont des vaisseaux hollandais. J'ai entendu parler de la corvette de guerre la Cockatrice.
—Que marmotte ce vieux chien-là? dit Van en se retournant. Il est pourri par le scorbut, regardez.
Et Van appuya son pouce sur le bras rouge du vieux marin. Après avoir pressé les chairs, le docteur ôta sa griffe et me montra la place.
—Regardez, reprit-il, l'empreinte de mon doigt y reste, les muscles affaissés ont perdu leur force.