Je déposai doucement Zéla sur sa couche et je fis mettre le bateau en état de nous recevoir. Lorsque tous les préparatifs de notre embarquement furent terminés, je transportai Zéla et Adoa sur des coussins placés dans le fond de la barque, et je ramai avec les hommes, tant était grande mon impatience de regagner les vaisseaux.
Le pont du grab était rempli d'hommes quand nous rasâmes son bord comme un éclair, pour gagner celui du schooner.
De Ruyter me héla pour me demander la cause de notre marche rapide.
Sans répondre à sa question, je le suppliai de venir auprès de nous avec le docteur.
Une chaise fut envoyée de la grande vergue dans notre bateau; j'y déposai Zéla, et, sans dire un mot, le désespoir paralysait mes lèvres, j'emportai la jeune femme dans ma cabine. De Ruyter et Van vinrent bientôt nous rejoindre, et l'un et l'autre furent douloureusement frappés du terrible changement qui s'était opéré en vingt-quatre heures dans la douce et belle figure de Zéla. De Ruyter frémit involontairement, ferma les yeux et couvrit son visage avec ses deux mains. L'impénétrable docteur, qui n'avait jamais montré de sympathie pour la douleur humaine, ôta ses lunettes afin d'essuyer les larmes qui aveuglaient son regard. Puis, avec une tendresse étrangère à ses habitudes générales, il examina les blessures de la douce patiente. Ni Van ni de Ruyter ne m'adressèrent de questions, et, pendant toute la durée de l'examen du docteur, un silence lugubre régna dans la cabine.
Après avoir pansé la blessure de la tête, Van visita avec soin les contusions du corps, fit prendre à Zéla une potion soporifique et nous emmena avec lui sur le pont.
—Docteur, est-elle en danger? demandai-je à Van d'un ton aussi humble que celui d'un esclave adressant une question à un puissant seigneur.
—Non, me dit Van surpris de ma douceur et de ma politesse; non, il lui faut des soins, du calme, du repos, de la patience.
Je n'ai pas besoin de dire que la fidèle Adoa partageait les soins qui étaient prodigués à Zéla, dont elle habitait la cabine. La petite esclave souffrait moins que sa maîtresse, car ses traits n'avaient subi qu'un changement imperceptible, tandis que ceux de Zéla étaient devenus presque méconnaissables.