—Ah! je vois, repartit Giulia, d'un ton bas, combien les hommes sont trompeurs.
—Oui! exclama l'Italien, en bouffonnant, nous sommes de rusés coquins, et nous commençons à mentir, avant d'avoir nos premières dents.
—Faut-il encore, poursuivait Giulia, après une telle leçon, que je me laisse prendre à vos paroles!.....
A ces mots, elle se leva languissamment, et il y eut un long silence, Son Altesse s'étant relevée aussi. Enfin, le Duc se hasarda à saisir la main de la Belcredi, et à la porter à ses lèvres, et Giulia ne s'en défendit point; mais, les cils entre-clos, superbe, et les yeux demi-tournés vers lui, elle faisait ce sourire de sphinx, doux et glacé en même temps, dont elle couvrait et masquait ses plus terribles résolutions. Alors, la voyant à la fin, au point où Charles d'Este voulait l'amener, l'Italien battit des mains, en s'écriant d'un ton plaisant:
—C'est fait, Monseigneur, c'est conclu. Ah! nous autres, les jolis hommes, nous sommes encore, sans contredit, ce que les femmes aiment le mieux!
Ensuite, ils parlèrent tous trois, assez longuement et confusément, avec bien des questions, des redites, des explications, comme il arrive après une absence; et Charles d'Este allait et venait par la chambre, à la lueur d'une bougie que la chanteuse alluma, car la nuit commençait à venir. Il était vêtu, ce jour-là, d'une façon de redingote, ajustée et plissée à la taille, d'un pantalon garni sur le côté, d'une bande de velours vert, ses faux cheveux noirs bien luisants, et un flot de dentelles au jabot.
De temps en temps, parmi les paroles inutiles, le Duc revenait à son fait, à la rentrée de la Belcredi:
—Votre appartement est tout prêt; dès demain, je vous y attendrai.
—Eh bien, répondit-elle enfin, j'y consens, Monseigneur, à une condition.
—Qu'est-ce donc? demanda Charles d'Este.