—Mon cher seigneur, dit Giulia, n'avez-vous pas soif? Ne boiriez-vous pas?
—Oui, répondit le Duc; que l'on m'apporte du lait... Et voyez, je vous prie, à faire remplir ma bonbonnière, d'oranges confites.
—J'y vais, Monseigneur, dit la Belcredi.
De brusques rafales de vent secouaient les arbres du jardin, et des murmures de tonnerre, en grondant du bout de l'horizon, commençaient à rouler sur Paris. Otto, debout contre la vitre, où il battait des doigts, nerveusement, regardait s'enténébrer le ciel, qui devint noir, en un moment. Les braises de noyaux d'olives, où tiédissaient les fers pour la barbe de Charles d'Este, crépitèrent dans le brasero; et le vieux lévrier César vint se serrer contre son maître, en poussant un long gémissement. Au fond de la pièce, le Duc, enveloppé d'un peignoir blanc, se faisait brosser les pieds par Arcangeli, dans un large bol d'eau d'amandes.
—Prenez garde, n'en mangez pas, chuchota rapidement Giovan, à l'oreille de Charles d'Este.
—Que dis-tu? fit le Duc...
Otto se retourna, et il y eut un long silence, pendant lequel, on n'entendit que les gouttes d'eau, tombant une à une, dans la baignoire. Une sueur glacée couvrait le visage de l'Italien; peu s'en fallait qu'il ne pâmât d'effroi. Il put à grand-peine poser un doigt tremblant devant ses lèvres, et il balbutia, de nouveau:
—N'en mangez pas. Ils sont empoisonnés...
Au même moment, un coup de tonnerre éclata avec un bruit affreux, et une lumière aveuglante dont la chambre parut tout en feu, et qui montra, au bout du corridor, Giulia livide et glacée, apportant sur un plateau, une grande tasse de lait et le drageoir en or de Son Altesse,—puis tout s'éteignit.
—Ah! dit-elle, j'ai failli lâcher le plateau, tant j'ai eu de peur.