GIOVANNI.
C'est vrai, je le sais!... Vous êtes très belle...
Elle avait récité ce prélude d'un ton bas et glacé, et qui faisait pressentir quelque mystère. Alors la Belcredi reprit haleine. Il s'était peint un rouge sombre, avec des yeux étincelants, sur la figure tartare de Hans Ulric, et la tête en avant, le cœur battant, suspendu, il attendait avidement chacune des phrases du dialogue: Christiane en face de lui, les joues pâles, la bouche entr'ouverte, présentait un visage comme effrayé... Mais la voix de la Belcredi s'éleva, disant ces paroles:
GIOVANNI.
Annabella, je suis perdu! L'amour que j'ai pour toi, ma sœur, et la vue journalière de ton immortelle beauté ont détruit l'harmonie de ma vie et de mon repos.
ANNABELLA.
O mes justes craintes! Eloignez ce malheur! Si ce que vous dites est vrai, il vaut mieux que je meure!
GIOVANNI.
Vrai! Annabella, est-ce le temps de plaisanter? J'ai trop longtemps étouffé les flammes cachées qui m'ont consumé. Combien de nuits silencieuses j'ai dépensées en soupirs et en sanglots! J'ai passé au crible toutes mes pensées, j'ai défié la destinée, j'ai plaidé contre ma passion, j'ai fait enfin tout ce que pouvait me conseiller la noble vertu, mais ce fut inutile: mon destin veut que vous m'aimiez ou que je meure!
ANNABELLA.