ANNABELLA.

Je le dis et je le jure.

GIOVANNI.

Moi aussi je le jure, par ce premier baiser... un autre... un autre... encore un...

La Belcredi se tut, laissa tomber sa voix; quelque peu de pitié lui prenait enfin à considérer Christiane, tandis que Hans Ulric, blême et suffoqué, se remuait impétueusement sur sa chaise. Il voulut parler... sa voix s'étrangla; un orage de pleurs, de sanglots, de cris se déborda de sa poitrine, et il s'enfuit afin de les cacher... Christiane ne remuait point, deux ruisseaux de larmes silencieuses coulaient de ses paupières fermées; le crépuscule descendait, et couvrit le départ furtif de la Belcredi.

Elle épargna dès lors, pendant quelque temps, la contrainte de la revoir à Hans Ulric et à sa sœur. La chanteuse se donna pour indisposée;—et cette vie obscure, tranquille, qui semblait s'écouler sans volupté, au milieu des plaisirs qui sollicitaient Giulia, comme sans ambition parmi les richesses qui l'environnaient, formait un contraste saisissant avec le tapage et les folies dont Emilia emplissait l'hôtel, à ce moment même.


Le temps ordinaire de fleurs et de miel de ces sortes de liaisons n'avait guère duré pour le comte Franz. Aux premiers avis qu'il donna, l'Italienne s'était rebiffée avec aigreur, et les chapeaux, les plumets, les grands airs, bien loin qu'elle les corrigeât, avaient redoublé d'extravagance. Le pauvre patito haussait les épaules, se contentait de murmurer:

—Quelle Marphise! ou bien: Quelle Bradamante! et s'avouait, tout en lissant ses moustaches, qu'il n'avait su ce qu'il faisait, de se passer au cou cette corde.

Emilia rêvait mariage à présent, et sommait le jeune homme de ses promesses. Après les avoir reçues en l'air, ainsi que Franz les prononçait, l'Italienne en était à les tenir pour valables, à jurer qu'on l'avait abusée. Elle voulut se dire grosse, comptant probablement sur l'effet de la tendresse paternelle. Ce fut une assez longue comédie de joie, et des bavardages intarissables sur le poupon, dont elle protestait par avance, qu'il aurait les yeux bleus, «et le grand appétit de son père». Mais la tranquillité de Franz, et le peu de peine qu'il prit pour cacher son incrédulité, convainquirent à la fin l'Italienne que là n'était pas la fibre sensible, et ne pouvant, tout bien considéré, servir à rien, cet enfant postiche disparut, aussi promptement qu'il s'était formé.