—Elle m'insulte! s'écria le Duc, à qui la furie sortit aussitôt, par les prunelles et par la bouche, d'une si terrible façon, qu'il fit trembler non seulement Giulia, mais Félix, Giovan, Lyonnette, les domestiques amassés et jusqu'aux marmitons, dans les cuisines. Les termes les plus durs, les plus méprisants, les apostrophes et les injures tombèrent sur la Belcredi, qui, blanche et immobile comme une statue, n'eut ni le temps ni le moyen de proférer une syllabe.

—Dehors! dehors! hurlait le frénétique, et qu'on ne vous revoie jamais!

Alors, prenant tout à coup son parti, avec l'air d'un mépris superbe, Giulia Belcredi sortit, silencieuse.

—Bon voyage! chantonna Giovan, qui monta l'escalier en sautillant, derrière le dos de son maître.

Ce ne fut que le soir, fort tard, et pendant sa toilette de nuit, que Charles d'Este ouvrit la lettre de son fils. Le comte Franz annonçait, tout d'abord, en guise de gâteau de miel, le plein succès de son ambassade: puis, venait un récit assez court et mal en ordre, ajusté de manière à prouver qu'arrestation, prison et mariage étaient du fait de François V, qui, par vengeance, avait servi ce plat romain au pauvre comte; pour finir, des protestations, force humilité, et la demande de pouvoir revenir à Paris, avec sa femme.

—L'imbécile, exclama le Duc, en haussant les épaules, et sans d'ailleurs se mettre en peine de voir clair, dans cet imbroglio.

Puis, comme la pendule sonnait:

—Allons, Monseigneur, couche-toi, dit Lyonnette, qui courait çà et là, en chemise; et du ton d'un enfant qui récite:

Il est minuit.

Qui l'a dit?