Une tenture se leva, et le grand-duc Fédor parut et s'arrêta aussitôt. Il portait un habit persan, d'un vert de bronze, avec des lacets noirs. Sa haute taille était grêle et courbée, son teint enflammé de tumeurs, sur un fond plus blanc que le plâtre: et il effrayait par des yeux ardents, une physionomie sinistre, qui représentait la Cruauté, l'Orgueil, la Rage, l'Avarice. Ainsi ce fils et ce frère de Tsars regardait son fils venir à lui.

—Il m'est enfin donné de voir mon père, dit Floris, en ployant le genou. Puissent maintes années heureuses être ajoutées à ses années! Puissent aussi mes vœux sincères et mon respect me gagner son cœur!

Les lèvres lui tremblaient d'émotion. Le grand-duc Fédor répondit d'une voix lente et enrouée:

—A quoi bon cet humble salut, à quoi bon cette déférence simulée, quand votre conduite la désavoue? Allons, relevez-vous, monsieur. Vous avez employé de hautaines instances, pour être reçu par nous; vous avez forcé notre porte avec vos messages impatients... Debout, monsieur, debout, vous dis-je! Vous avez le sang trop bouillant pour rester si longtemps à genoux.

—Mon père, dit Floris, que ma hâte légitime de vous voir et le ton pressant de mes lettres n'accusent pas mon respect pour vous. Si quelque chose vous déplaît dans mes manières, ne l'attribuez, je vous en conjure, qu'au long éloignement de vous, où il m'a fallu vivre. Mes fautes ne sont pas de moi, mais de mon ignorance seule.

—Je ne comprends pas bien cela, reprit le Grand-Duc; et affectant, ainsi qu'il faisait souvent, un langage obscur, bref, bizarre, où perçait quelque chose d'égaré:

—Qu'est-ce qui vous suit ainsi? dit-il.

—Où cela... où cela, Monseigneur?

—Là, sur les dalles de la salle.

—Mon ombre? dit Floris stupéfait.