—Quelle nouvelle? dit le Grand-Duc.
—Allons, vous la savez, Monseigneur... Je vois la princesse qui rit et qui me fait des signes... Ha, ha, ha, ce fou de Giano! J'étais bien sûr qu'il tomberait ainsi sur nous, un jour ou l'autre.
—Que voulez-vous dire? demanda Floris.
—Quoi! répliqua le bon abbé voluptueusement, se pourrait-il que Votre Altesse ignorât que Giano est arrivé hier?... Il campe à Zlagora avec les Bohémiens. Il est venu de Zara avec eux... C'est la chose la plus étonnante!
—Ah! pourquoi l'avez-vous dit, messer? exclama la folle Josine... Moi qui me réjouissais par avance de les mettre tous deux aux prises... Oui, oui! Giano est arrivé; c'était là ma surprise... ha! ha! ha!... Au reste, il ne fait que passer; il repart dès demain pour Cattaro... Il veut aider les Zingari à manger, jusqu'à la dernière, leurs poules volées... Et tenez, le voilà, ma parole!
Tout le cortège, à ce moment, débouchait dans le rond-point des Termes, parmi les rires et les acclamations... Alors, un homme se détacha de cette foule, et, en manière de salut, il agitait un bouquet de roses. Puis, reconnaissant la princesse, Giano vint à elle, en pressant le pas, tandis que Floris l'observait. Un continuel sourire relevait sa moustache, où se jouaient des reflets roux; ses yeux brillaient d'une gaieté bouffonne et même un peu féroce; et il avait dans toute sa personne quelque chose d'attirant, de léger, de cruel.
—Voici, dit-il en tombant à genoux devant Josine qui descendait les degrés, la belle nymphe qui s'avance, le trésor de Sabioneira. Voyez, voyez comment sont faits les anges du paradis.
Et il s'écria:
O Dea, o Nimpha, o Stella marina!
O e'n umil donna, belta divina!