—C'est le seul moyen de sauver sa vie, continua Ianoula, en pleurant. Votre Grâce a vu comme il me presse, dans la lettre qu'il m'a envoyée...
—Le lâche! répliqua Tatiana. Déshonorera-t-il sa sœur? Est-ce là sa ressource pour vivre?
—J'espère, dit Giano, que tout va bien... Quelles nouvelles? quelles nouvelles?
—Allons, tais-toi, répondit Floris... Ah! tu as fait de la belle besogne, avec ton couteau mis au vent!
—S'agit-il de ce Marco? dit Giano... S'il a le malheur de bouger!...
—Si!... reprit Floris. La chose est faite. Il a enlevé cette nuit le frère de Ianoula, le passeur de Torre-Arza, puis, avec son prisonnier, a rejoint sa bande... Et ce matin, il nous envoie dire que Samo est un homme mort, si elle ne vient implorer sa grâce.
—Peste de lui! s'écria le sculpteur. Une fille comme Ianoula sera-t-elle pour un tel coquin?... Ma foi, ma foi, j'aurais mieux fait de le tuer!
Puis, appelant d'un signe le Grand-Duc, qu'il mena au bout de la salle, dans l'embrasure d'une fenêtre:
—Tout cela pourrait bien finir par des coups de fusil, dit Giano. Il y a longtemps que ces chiens de Sgombro et nos amis de Zemenico meurent d'envie d'ouvrir la danse, et Dieu sait si ce rapt de Samo ne va pas leur en fournir le prétexte!... Il est fâcheux que je me voie contraint de demander à Votre Excellence son agrément pour m'en aller.
—Sont-ils donc ennemis? dit Floris.