—Karva tajstvo! le serment du sang!
Soudain, ils se turent, les yeux béants, et tous retenaient leur haleine. L'oncle de Ianoula, messer Geri-Spina, en chasuble noire, à croix d'argent, venait d'apparaître, à l'entrée du cirque. Les hommes ôtèrent leurs toques rouges; les femmes tombèrent à genoux. Un silence de mort emplissait la vaste enceinte. Parfois, un sanglot étouffé s'exhalait, et le vieillard à face d'aigle dardait alors, au travers de la foule, une prunelle étincelante. Le plus vieux Morlach de Zemenico vint d'un pas lent à sa rencontre.
—Quel malheur est donc arrivé? dit le prêtre. Où est le blessé pour qui vous m'avez fait chercher?
—Il n'a plus besoin de ton aide, répondit le Morlach... Kosto Samovitch, nous t'avons appelé pour que tu nous dises la messe du sang, contre Sgombro et ses chiens d'hérétiques.
—Allons! toujours des rixes, des batailles, répliqua messer Geri-Spina... Vieux Tassilo, n'excite pas ces hommes. Le bora est assez violent, le flot assez troublé de lui-même.
—Il le faut pourtant, dit le vieillard. Tant que nous ne serons pas vengés, qui d'entre nous voudrait dormir la nuit, ou couper sa barbe, ou toucher aux viandes, ou lever les yeux de terre?
Messer Geri-Spina reprit:
—Mais le sang appelle le sang, l'oubliez-vous? En ce moment, mes frères, on nous doit. Plus tard, nous aurions à donner.
—Nous donnerons ce qu'il faudra, repartit le vieillard. Kosto, tu es un vrai Morlach; tu es né à Zemenico: tu sais ce que commande la vengeance.
—Regardez ma poitrine! dit le prêtre. Voyez, mes frères. Là-dessus est Jésus-Christ, qui nous enseigne à pardonner.