Il l'ouvrit.
La boîte montra aux regards le portrait d'une jeune femme.
Elle était brune, le teint mat, les yeux profonds et lumineux. Un joyau de pierreries fermait son corsage de cour, brodé d'aigles à deux têtes, sans nombre, et elle portait dans les cheveux un diadème de brillants. On voyait, gravée sur le boîtier d'or qui faisait face à la peinture, une couronne impériale. Au-dessous, se lisaient ces mots:
Maria-Pia
Grande-Duchesse de Russie
1844
—Encore une, reprit la cantinière, à qui les rentes n'ont rien coûté... Une belle femme, c'est certain!... Bah! bah! va ton chemin, la vieille! Toutes ces princesses peuvent bien se faire tirer leur portrait avec des aigles et des diamants dessus, mais il leur est plus difficile d'être la nuit, dans les cimetières, en compagnie des gens qu'on fusille...
Elle s'interrompit, les yeux béants, puis clappa de la langue et poussa une exclamation.
Le brocanteur, étonné, la regardait.
—Passez-moi le médaillon, dit-elle... Ah çà! est-ce que je deviens folle?... Passez-moi donc le médaillon, monsieur Chus!
Elle considérait alternativement le portrait qu'elle tenait en main et le soldat couché devant le feu. Ensuite, venant à cet homme, Mme Éloi le dévisagea.