—Oh! le glouton! interrompit la princesse. Quand il ouvre son énorme bouche, on dirait l'antre de la Jagodna... La nuit, il soupire après la lune, qu'il prend tantôt pour un pain rond, tantôt pour un croissant au cumin... Et qui encore?
—Le baron Cornacchini, ser Zandiri de Céphalonie, le jeune comte Angiulliero...
—Assez, assez! ne m'en nomme plus! s'écria Josine languissamment... Oh! je suis prise tout à coup de bâillements, rien qu'à me les représenter... Ils se ressemblent tous comme des florins, comme des gouttes de pluie... Apporte mon baguier, Rina. Quel bracelet vais-je mettre demain?
—Beaucoup de ces dignes seigneurs doivent-ils encore nous arriver? demanda Barberine, en passant à la princesse un manteau de lit.
—Non, reprit Josine, on n'attend plus que ser Ottaviani et sa femme, et le consul de Russie à Cattaro... As-tu songé à mettre de côté cet opiat gris pour les dents que Giano m'a donné? Il jure que c'est merveilleux... Que penses-tu de Giano, Rina?
—Jésus Seigneur! exclama la camériste. Qu'est-ce que Votre Grâce me demande? Je suis une trop simple fille pour parler d'un homme pareil.
—Bien! cela signifie qu'il te plaît. Allons, ne rougis pas pour ça... Passe-moi mes gants préparés... Et pourquoi te plaît-il?
—O Seigneur! protesta Barberine, qu'est-ce que Votre Grâce veut me faire dire?... Je n'ai pas parlé quatre fois à ser Gianettino, croyez-moi!
—Bah! s'il ne te plaît pas à toi, repartit Josine, il plaît du moins à toutes nos dames... Ser Giano, venez par ici! Ser Giano, que dites-vous de ça? Ser Giano, quelle surprise prépare-t-on pour ce soir? C'est là ce qu'on entend constamment... Vois-tu, ces dames de Raguse aiment les hommes à cheveux frisés.