Sa voix, de plus en plus faible, s'arrêtait presque à chaque mot. Elle reprit, avec un pâle sourire:
—On m'a crue insensible, peut-être... Pauvre Isabelle!... Mon cher père!... Vous teniez à mon cœur par des liens si forts qu'en se rompant ils l'ont brisé... Oh! j'étouffe, mon bon Vassili... Mais non! la mort n'est pas un mal... Sois la bienvenue, froide glace, que je sens entourer ma poitrine, et qu'aucune ardeur ne pourra plus fondre!... Sois la bienvenue, nuit épaisse, qui viens t'ajouter aux ténèbres sous lesquelles j'ai vécu... Cependant, attendez! Les portes du Ciel sont plus basses que les voûtes des palais princiers: c'est à genoux qu'il convient d'y entrer... Je dirai mes fautes, Monseigneur, à votre oreille paternelle, afin que vous daigniez me les remettre... Pendant ce temps, je vous en prie, monsieur Manès, commandez à ces femmes de chanter le chant funèbre qu'elles avaient composé pour la mort de la Grande-Duchesse, ma mère... Cet air mélancolique adoucira mes derniers instants... A demi-voix... à demi-voix! Il faut à l'homme, comme à l'enfant, une mélodie pour qu'il s'endorme...
—A demi-voix, répéta Manès. Doucement, femmes, doucement!
Et les femmes entonnèrent un chant:
LE CHŒUR.
Oh! écoutez! Le flot pleure sous la rame,
Le chat-huant, dans les bois, veille tout seul.
Appelez, appelez, à voix haute, notre dame,
Dites-lui de revêtir son linceul!
PREMIÈRE VOIX.
Sur les corolles,
Les oiseaux descendent du soleil...
Puis ils s'envolent!
LE CHŒUR.