—Daignez m'entendre, Monseigneur.

—Parlez, monsieur, parlez, parlez, parlez!

—Votre fiancée, dit Manès, la princesse Isabelle de Bragance...

—Je ne lui plairai point, interrompit Floris. Pardieu! je vous dis... Il n'aura pas de nouvelles satisfaisantes.

—Permettez-moi de parler, Monseigneur. Votre fiancée, quand vous l'aurez vue...

—La voir! s'écria Floris... Je ne veux pas la voir. Pourquoi la verrais-je? Non, non, non... Il a dit qu'il fallait lui plaire, il me prescrit de lui faire la cour; mais je ne la verrai seulement pas: et que ses flatteurs l'écrivent à mon père!... Non, pardieu! je ne la verrai pas!... Et pour faire ma cour, comme il dit, je louerai un buste de cire, un de ces mannequins tournants qui ont la bouche toujours en cœur... Le temps de la cérémonie, pas davantage! Ni avant, ni après, pas un seul instant!

—Bien, bien, dit le savant d'un ton froid, on peut passer beaucoup de choses à un homme qui est en colère.

—Moi, en colère! dit Floris. Par le diable! je suis calme... Et je serais plus calme encore dix mille fois, que je tiendrais le même langage.

—Fi! Monseigneur, vous ne pouvez parler sérieusement.

—Je ne la verrai pas! dit Floris, et croyez, monsieur, s'il vous plaît, que je parle sérieusement... Je ne la verrai pas, si ce n'est à l'autel, aux pieds du prêtre... non! pas avant!... Que mon père enrage de cela, qu'il me maudisse, qu'il me haïsse, je ne la verrai pas, je vous dis!... Ni son portrait, ni rien d'elle; je ne veux pas!... Et mon père l'endurera! Je fais bien assez sa volonté, pour qu'il fasse un peu la mienne aussi!