—Oh! le juif menteur! criait-elle... Heureusement, le proverbe dit bien: «Les mensonges ont les jambes courtes.» Il ne sait pas que Monseigneur n'a pas encore vu la princesse Isabelle... Non, poursuivit-elle en regardant M. Chus et tous les assistants avec une expression de triomphe, le jeune seigneur ne l'a pas vue, et la princesse n'a pas vu non plus son fiancé. Ils ne connaîtront leurs visages que devant les saints autels du Seigneur, le jour où on les mariera.

—Êtes-fous folle? marmotta Chus... Que feut tire ce conte-là?

—Un conte! exclama la naine. Si c'est un conte, entends-tu, juif païen? alors tu n'iras pas en enfer avec tous les diables de l'usure!... Il n'y a rien de si certain... La princesse, aussitôt qu'elle a su que son fiancé arrivait, s'est retirée, par dévotion, dans le couvent des Filles de Sainte-Monique, et elle y fait maintenant sa retraite.

Maître Skreta, le cirier, ajouta:

—On voit même d'ici, monsieur, le lieu où elle s'est renfermée, et qui est bien maussade et bien noir, pour une princesse si jeune.

Sur quoi, menant M. Chus, étonné, au bas bout de la galerie, dans une profonde fenêtre, le bonhomme lui montra sur la place le couvent des Filles de Sainte-Monique. Son énorme façade grillée forme équerre avec le palais; et l'église Saint-Augustin, présentant ses trois portes de front, relevées de niches et de colonnes, joint l'un à l'autre, par un pan coupé, les deux antiques bâtiments et les couronne de son dôme.

—Oui, reprit le marchand cirier, c'est là, monsieur, que s'est retirée la princesse, le matin même du jour à jamais béni où Mgr Floris est arrivé... Ah! elle s'est privée par là, on peut l'affirmer, d'un spectacle tout à fait poignant, d'un spectacle qu'on ne saurait peindre!... Ils levaient les regards au ciel, ils tendaient les mains: leur visage était si changé, comme on dit dans la pièce, qu'on ne les reconnaissait plus à la face, mais au vêtement... Mme Maria-Pia, dès qu'elle aperçoit son fils, s'écrie: «Cher fils, je te bénis, je te bénis!» puis elle l'embrasse, puis elle sanglote, puis, de nouveau, elle étreint son enfant; enfin, elle remercie Dieu, et elle se met à genoux. Alors, le plus barbare aurait changé de couleur; plusieurs se sont pâmés, tous versaient des larmes! Si Prague entière avait pu voir cela, on eût fait brûler aux saintes images des centaines et des milliers de cierges!

—Mais, dit M. Chus, che n'y comprends rien. Pourquoi se marient-ils ainsi?... Se marier sans s'être fus!... Poufez-fous m'expliquer cela?

—On prétend, repartit le cirier, qui baissa mystiquement la voix, que la princesse a fait ce vœu jadis à la très sainte Vierge Marie... Sa bénédiction soit sur nous!

Le marchand fourreur haussa les épaules: