—Mon cher Floris... mon cher petit Floris!... Je suis si contente ce soir!... Je vais m'amuser, m'amuser... Bonsoir, monsieur Vassili, me reconnaissez-vous?
—Un tout petit peu, je suppose, répondit le savant, se prêtant au jeu.
—Eh bien, alors, qu'est-ce que je suis?
—Juste, dit-il, ce qu'est la fraise verte, la rose en bouton et la pomme acide. Votre vue agace les dents. Vous n'êtes ni assez âgée pour qu'on vous appelle une jeune fille, ni assez jeune pour une fillette. Et, de plus, vous êtes, je crois, la petite princesse Josine, sœur de la princesse Isabelle, et qui se rend, en ce moment, au bal d'enfants de la comtesse Kaunitz.
—Mon incognito est trahi! s'écria le masque, plaisamment. Je suis fâchée, fâchée, encore plus fâchée que Mumbo, quand le clown lui cache la bouteille... Ha, ha, ha! L'as-tu vu, Floris? C'est l'éléphant du cirque... Clac, clac! rr, rrr, rrrr, rrrrr. Ho, Mumbo! rr, rrr!
Elle sautait, poussait des cris aigus, puis, jetant son touret de nez, Josine montra aux yeux surpris de Chus le plus admirable visage: des traits étincelants d'esprit, une bouche incarnate, et sous des paupières doucement bombées, des yeux profonds, couleur de violette. Toute sa svelte personne avait on ne sait quelle grâce, hardie, charmante, provocante.
Enfin, elle s'arrêta devant Chus, et l'interpellant:
—Signor, je croirais pour moins d'un florin que je ne suis pas le géant tartare Afritaboumras au nez de bronze; mais je ne parierais pas seulement deux millions de lacs de roupies que tu n'es pas le juif qui a écrit à ma tante Maria-Pia.
—Et que reprochez-fous aux paufres chuifs? demanda Chus.
Josine frappa dans ses mains: