—Tonina! Tonina! cria Pistolese. Hé, ma commère, un almanach!... Apporte-moi l'almanach de Raguse!... Je savais bien que j'oubliais quelque chose... Merci, ma belle, merci, mon cœur... Voulez-vous regarder, l'abbé?

—Quoi, messer, que faut-il que je regarde?

—Le premier mai, parbleu! le premier mai!... Et lisez-moi ce qu'on prédit du temps. Pourvu que la lune ne change pas!

—Le premier mai... voici... Temps agréable, chaud, excellent pour la pêche.

Ser Pistolese fit claquer ses doigts:

—Parfait, alors!... Et le bora... Regardez, l'abbé, si le bora ne soufflera pas... Non!... Dans ce cas, ils pourront se vanter de voir de belles illuminations!

Il souriait, en caressant ses grosses moustaches, des deux mains. La plage était de nouveau déserte. Trois ou quatre pêcheurs y dormaient, à l'ombre des barques tirées sur le sable. Un chaudron fumait, suspendu au-dessus d'un feu de genévrier, chargeant la brise, par moments, des senteurs résineuses du goudron.

—Je ne comprends pas Mgr Floris, reprit l'acariâtre chimiste. Donner des fêtes, des bals, quand sa mère arrive mourante!... Dites-moi ce que vous voudrez. Je ne puis comprendre ça!

—Vous avez tort de parler ainsi, répondit l'abbé. Vous savez bien que Monseigneur est en parfaite sécurité, et qu'il ignore complètement la gravité de l'état de sa mère.