Jusqu'à ce jour, mes recherches sont demeurées infructueuses. A chaque engagement nouveau, j'espère rencontrer Floris parmi vos prisonniers: et telle est l'occasion qui m'a valu l'honneur d'avoir accès chez Votre Excellence, par M. Olympe Gigot. Dans des temps calmes, et au milieu d'une cité paisible et policée, je l'aurais déjà découvert; mais, quand il y a des désordres, et que l'on n'ose trop interroger, de crainte de se rendre suspect, la tâche devient malaisée. C'est sur le hasard que je compte: peut-être me mettra-t-il enfin le jeune grand-duc devant les yeux. Bien qu'il me soit inconnu, sa ressemblance avec sa mère, ressemblance presque incroyable, au dire de Boubnoff qui avait vu des portraits de Floris, pourra aider à sa reconnaissance, et fournir une chance heureuse de me le faire remarquer.

Votre Excellence m'a pressé de si bonne grâce, que je n'ai pu refuser ce récit à son désir d'être éclairée, ainsi qu'à l'intérêt que je sollicitais d'Elle, en faveur d'un jeune homme obscur. Mais, donnant à Votre Excellence cette marque d'obéissance, j'ose lui demander, en retour, le plus impénétrable secret. La lecture de ce mémoire sera donc pour vous seul, s'il vous plaît. C'est de quoi je vous prie encore, avec toute l'instance dont peut être capable, Monseigneur, de Votre Excellence,

Le très humble, etc.


[PREMIÈRE PARTIE]

LE PIRE N'EST PAS TOUJOURS CERTAIN


[LIVRE PREMIER]

Le mercredi 24 mai 1871, comme onze heures de nuit sonnaient, un homme qui portait une lanterne à la main suivait, à pas lents, un sentier désert, sur les hauteurs du Père-Lachaise. De là, on voit Paris tout entier.