dit-il dans ses symboles. Ce grand homme ne pouvait ignorer la relation exacte qui existe entre les sublimes pensées et les belles expressions figurées, ses symboles mêmes sont pleins de poésie.

N'arrache point les fleurs qui forment des couronnes.

C'est ainsi qu'il recommande à ses disciples de n'amoindrir jamais la gloire et de ne point flétrir ce que le monde semble avoir besoin d'honorer.

Pythagore était chaste, mais loin de conseiller le célibat à ses disciples il se maria lui-même et eut des enfants. On cite une belle parole de la femme de Pythagore; on lui demandait si la femme qui vient d'avoir des relations avec un homme n'avait pas besoin de quelques expiations, et combien de temps après elle pouvait se croire assez pure pour s'approcher des choses saintes.--Tout de suite, dit-elle, si c'est avec son mari; si c'est avec un autre, jamais!

C'est par cette sévérité de principes, c'est avec cette pureté de moeurs qu'on s'initiait dans l'école de Pythagore aux mystères de la nature, et qu'on prenait assez d'empire sur soi-même pour commander aux forces élémentaires. Pythagore possédait cette faculté qu'on nomme chez nous seconde vue et qui s'appelait alors divination. Un jour il était avec ses disciples sur le bord de la mer. Un vaisseau se montre à l'horizon: «Maître lui dit un des disciples, pensez-vous que je serais riche si l'on me donnait la cargaison de ce vaisseau?--Elle vous serait bien inutile, dit Pythagore.--Eh bien! je la garderais pour mes héritiers.--Vous voudriez donc leur laisser deux cadavres?»

Le vaisseau entra dans le port un instant après; il rapportait le corps d'un homme qui avait voulu être enseveli dans sa patrie.

On raconte que les animaux obéissaient à Pythagore. Un jour, au milieu des jeux olympiques, il appela un aigle qui traversait le ciel; l'aigle descendit en tournoyant et continua son vol à tire d'aile quand le maître lui fit signe de s'en aller. Une ourse monstrueuse ravageait l'Apulie, Pythagore la fit venir à ses pieds et lui ordonna de quitter le pays; depuis elle ne reparut plus; et comme on lui demandait à quelle science il devait un pouvoir aussi merveilleux:

--A la science de la lumière, répondait-il.

Les êtres animés, en effet, sont des incarnations de lumière; les formes sortent des pénombres de la laideur pour arriver progressivement aux splendeurs de la beauté, les instincts sont proportionnels aux formes, et l'homme, qui est la synthèse de cette lumière dont les animaux sont l'analyse, est créé pour leur commander; mais parce qu'au lieu d'être leur maître, il s'est fait leur persécuteur et leur bourreau, ils le craignent et se révoltent contre lui. Ils doivent cependant sentir la puissance d'une volonté exceptionnelle qui se montre pour eux bienveillante et directrice, ils sont alors invinciblement magnétisés, et un grand nombre de phénomènes modernes peuvent et doivent nous faire comprendre la possibilité des miracles de Pythagore.

Les physionomistes ont remarqué que la plupart des hommes rappellent par quelques traits de leur physionomie la ressemblance de quelque animal. Cette ressemblance peut bien n'être qu'imaginaire et se produire par l'impression que font sur nous les diverses physionomies, en nous révélant les traits saillants du caractère des personnes. Ainsi nous trouverons qu'un homme bourru ressemble à un ours, un homme hypocrite à un chat et ainsi des autres. Ces sortes de jugements s'exagèrent dans l'imagination et se complètent dans les rêves, où souvent les personnes qui nous ont péniblement impressionné pendant la veille, se transforment en animaux et nous font éprouver toutes les angoisses du cauchemar. Or les animaux sont comme nous et plus que nous sous l'empire de l'imagination, car ils n'ont pas le jugement pour en rectifier les écarts. Aussi s'affectent-ils à notre égard suivant leurs sympathies ou leurs antipathies surexcitées par notre magnétisme. Ils n'ont d'ailleurs aucune conscience de ce qui constitue la forme humaine et ne voient en nous que d'autres animaux qui les dominent. Ainsi le chien prend son maître pour un chien plus parfait que lui. C'est dans la direction de cet instinct que consiste le secret de l'empire sur les animaux. Nous avons vu un célèbre dompteur de bêtes féroces fasciner ses lions en leur montrant un visage terrible et se grimer lui-même en lion furieux; ici s'applique à la lettre le proverbe populaire: «Il faut hurler avec les loups, et bêler avec les agneaux.» D'ailleurs chaque forme animale représente un instinct particulier, une aptitude ou un vice. Si nous faisons prédominer en nous le caractère de la bête, nous en prenons de plus en plus la forme extérieure, au point d'en imprimer l'image parfaite dans la lumière astrale et de nous voir nous-mêmes, dans l'état de rêve ou d'extase, tels que nous serions vus par des somnambules ou des extatiques, et tels que nous apparaissons sans doute aux animaux. Que la raison s'éteigne alors, que le rêve persévérant se change en folie et nous voici changés en bêtes comme le fut Nabuchodonosor. Ainsi s'expliquent les histoires de loups-garoux dont quelques-unes ont été juridiquement constatées. Les faits étaient constants, avérés, mais ce qu'on ignorait c'est que les témoins n'étaient pas moins hallucinés que les loups-garoux eux-mêmes.