Cet esprit n'a-t-il pas rendu son existence sensible par des actes, par des institutions, par des monuments, par des oeuvres immortelles?

En vérité, nous ne concevons pas comment un incrédule de bonne foi peut voir une fille de Saint-Vincent de Paul sans avoir envie de se mettre à genoux et de prier!

L'esprit de charité, c'est Dieu, c'est l'immortalité de l'âme, c'est la hiérarchie, c'est l'obéissance, c'est le pardon des injures, c'est la simplicité et l'intégrité de la foi.

Les sectes séparées sont atteintes de mort dans leur principe, parce qu'elles ont manqué à la charité en se séparant, et au plus simple bon sens en voulant raisonner sur la foi.

C'est dans ces sectes que le dogme est absurde, parce qu'il est soi-disant raisonnable. Alors ce doit être un théorème scientifique, ou ce n'est rien. En religion, on sait que la lettre tue et que l'esprit seul vivifie; or, de quel esprit peut-il être question ici, sinon de l'esprit de charité?

La foi qui transporte les montagnes et qui fait endurer le martyre, la générosité qui donne, l'éloquence qui parle la langue des hommes et celle des anges, tout cela n'est rien sans la charité, dit saint Paul.

La science peut défaillir, ajoute le même apôtre, la prophétie peut cesser, la charité est éternelle.

La charité et ses oeuvres, voilà la réalité en religion: or, la raison véritable ne se refuse jamais à la réalité; car la réalité, c'est la démonstration de l'être qui est la vérité.

C'est ainsi que la philosophie donne la main à la religion, sans jamais vouloir en usurper le domaine; et c'est à cette condition que la religion bénit, encourage et illumine la philosophie de ses charitables splendeurs.

La charité est le lien mystérieux que rêvaient les initiés de l'Hellénie pour concilier Eros et Anteros. C'est ce couronnement de la porte du temple de Solomon qui devait unir ensemble les deux colonnes Jakin et Boaz; c'est la garantie mutuelle des droits et des devoirs, de l'autorité et de la liberté, du fort et du faible, du peuple et du gouvernement, de l'homme et de la femme; c'est le sentiment divin qui doit vivifier la science humaine; c'est l'absolu du bien, comme le principe ÊTRE-RÉALITÉ-RAISON est l'absolu du vrai. Ces éclaircissements étaient nécessaires pour faire bien comprendre ce beau symbole des mages adorant le Sauveur au berceau. Ils sont trois, un blanc, un cuivré et un noir, et ils offrent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. La conciliation des contraires est exprimée par ce double ternaire, et c'est précisément ce que nous venons d'expliquer.