Le sixième est le pantacle de l'esprit, signifié par des ossements qui forment deux E et deux taus: T.
Le septième, et le plus important, est le grand monogramme magique, expliquant les clavicules de Salomon, le tétragramme, le signe du labarum et le mot suprême des adeptes (voyez Dogme et rituel de la haute magie, explication des figures du tome 1). Ce caractère se lit en faisant tourner la page comme une roue, et se prononce rota tarot ou tora (voyez Guilhaume Postel, Clavis absconditorum a constitutione mundi).
La lettre A est souvent remplacée dans ce caractère par le nombre de la lettre, qui est 1.
On trouve aussi dans ce signe la figure et la valeur des quatre emblèmes hiéroglyphiques du tarot, le bâton, la coupe, l'épée et le denier. Ces quatre hiéroglyphes élémentaires se retrouvent partout dans les monuments sacrés des Égyptiens, et Homère les a figurés dans sa description du bouclier d'Achille, en les plaçant dans le même ordre que les auteurs de l'Enchiridion.
Mais ces explications, s'il fallait les appuyer de toutes leurs preuves, nous entraîneraient ici hors de notre sujet, et demanderaient un travail spécial que nous espérons bien mettre en ordre et publier un jour.
L'épée ou le poignard magique figuré dans l'Enchiridion paraît avoir été le symbole secret du tribunal des francs-juges. Ce glaive, en effet, est fait en forme de croix, il est caché et comme enveloppé dans la légende; Dieu seul le dirige, et celui qui frappe ne doit compte de ses coups à personne. Terrible menace et non moins terrible privilège! le poignard vehmique, en effet, atteignait dans l'ombre des coupables dont le crime même restait souvent inconnu. A quels faits se rattache cette effrayante justice? Il faut ici pénétrer dans des ombres que l'histoire n'a pu éclaircir, et demander aux traditions et aux légendes une lumière que la science ne nous donne pas.
Les francs-juges furent une société secrète opposée, dans l'intérêt de l'ordre et du gouvernement, à des sociétés secrètes anarchiques et révolutionnaires.
Les superstitions sont tenaces, et le druidisme dégénéré avait jeté de profondes racines dans les terres sauvages du Nord. Les insurrections fréquentes des Saxons attestaient un fanatisme toujours remuant et que la force morale était impuissante à réprimer; tous les cultes vaincus, le paganisme romain, l'idolâtrie germaine, la rancune juive, se liguaient contre le christianisme victorieux. Des assemblées nocturnes avaient lieu, et les conjurés y cimentaient leur alliance par le sang des victimes humaines: une idole panthéistique aux cornes de bouc et aux formes monstrueuses présidait à des festins qu'on pourrait appeler les agapes de la haine. Le sabbat, en un mot, se célébrait encore dans toutes les forêts et dans tous les déserts des provinces encore sauvages; les adeptes s'y rendaient masqués et méconnaissables; l'assemblée éteignait ses lumières et se dispersait avant le point du jour; les coupables étaient partout, et nulle part on ne pouvait les saisir. Charlemagne résolut de les combattre avec leurs propres armes.
En ce même temps, d'ailleurs, les tyrannies féodales conspiraient avec les sectaires contre l'autorité légitime: les sorcières étaient les prostituées des châteaux; les bandits initiés au sabbat partageaient avec les seigneurs le fruit sanglant de leurs rapines; les justices féodales étaient vendues au plus offrant, et les charges publiques ne pesaient de tout leur poids que sur les faibles et sur les pauvres.
Charlemagne envoya en Westphalie, où le mal était le plus grand, des agents dévoués chargés d'une mission secrète. Ces agents attirèrent à eux et se lièrent par le serment et la surveillance mutuelle tout ce qui était énergique parmi les opprimés, tout ce qui aimait encore la justice, soit parmi le peuple, soit parmi la noblesse; ils découvrirent à leurs adeptes les pleins pouvoirs qu'ils tenaient de l'empereur, et instituèrent le tribunal des francs-juges.