Les tables tournantes n'écrivent qu'incohérences et injures; ce sont les échos les plus infimes de la pensée, les rêves les plus absurdes et les plus anarchiques; les mots enfin dont la plus basse populace se sert pour exprimer le mépris. Nous venons de lire un livre du baron de Guldenstubbé, qui prétend communiquer par lettres avec l'autre monde. Il a obtenu des réponses, et quelles réponses! des dessins obscènes, des hiéroglyphes désespérantes, et cette signature grecque πνευμα θάνατος, le souffle mort, ou pour mieux traduire l'esprit de mort. Voilà le dernier mot des révélations phénoménales de la doctrine américaine, si on la sépare de l'autorité sacerdotale et si on veut la rendre indépendante du contrôle de la hiérarchie. Nous ne nions ici ni la réalité ni l'importance des phénomènes, ni la bonne foi des croyants; mais nous devons les avertir des dangers auxquels ils s'exposent s'ils ne préfèrent pas l'esprit de sagesse donné hiérarchiquement et divinement à l'Église, à toutes ces communications désordonnées et obscures dans lesquelles l'âme fluidique de la terre reflète machinalement les mirages de l'intelligence et les rêves de la raison.
LIVRE V.
LES ADEPTES ET LE SACERDOCE.
ה Hé.
CHAPITRE PREMIER.
PRÊTRES ET PAPES ACCUSÉS DE MAGIE.
SOMMAIRE--Le pape Sylvestre II et la prétendue papesse Jeanne.--Impertinentes assertions de Martin Polonus et de Platine.--L'auteur présumable du grimoire d'Honorius.--Analyse de ce grimoire.
Nous avons dit que depuis les profanations et les impiétés des gnostiques, l'Église avait proscrit la magie. Le procès des templiers acheva la rupture, et depuis cette époque, réduite à se cacher dans l'ombre pour y méditer sa vengeance, la magie proscrivit à son tour l'Église.
Plus prudents que les hérésiarques qui élevaient publiquement autel contre autel, et se dévouaient ainsi à la proscription et au bûcher, les adeptes dissimulèrent leurs ressentiments et leurs doctrines; ils se lièrent entre eux par des serments terribles et, sachant combien il importe de gagner d'abord son procès au tribunal de l'opinion, ils retournèrent contre les accusateurs et leurs juges les bruits sinistres qui les poursuivaient eux-mêmes, et dénoncèrent au peuple le sacerdoce comme une école de magie noire.