--Qu'est-ce que c'est que le mapah?

--C'est un dieu.

--Merci, alors je n'aime que les dieux invisibles.

--Venez-donc, c'est le fou le plus éloquent, le plus radieux et le plus superbe qu'on ait jamais vu.

--Mon ami, j'ai peur des fous, la folie est contagieuse.

--Eh mon cher, je viens bien vous voir, moi!

--C'est vrai: et puisque vous y tenez, eh bien, allons voir le mapah.

Dans un affreux galetas, était un homme barbu, d'une figure majestueuse et prophétique, il portait habituellement sur ses habits une vieille pelisse de femme, ce qui lui donnait assez l'air d'un pauvre derviche, il était entouré de plusieurs hommes barbus et extatiques comme lui et d'une femme aux traits immobiles qui ressemblait à une somnambule endormie.

Ses manières étaient brusques mais sympathiques, son éloquence entraînante, ses yeux hallucinés; il parlait avec emphase, s'animait, s'échauffait jusqu'à ce qu'une écume blanchâtre vînt border ses lèvres. Quelqu'un a défini l'abbé de Lamennais, quatre-vingt-treize faisant ses pâques; cette définition conviendrait mieux au mysticisme du Mapah, on peut en juger par ce fragment échappé à son enthousiasme lyrique:

«L'humanité devait faillir: ainsi le voulait sa destinée, afin qu'elle fût elle-même l'instrument de sa reconstitution, et que dans la grandeur et la majesté du labeur humain passant par toutes ses phases de lumières et de ténèbres, apparussent manifestement la grandeur et la majesté de Dieu.