Le monde entier rêve encore l'unité de pouvoir, et ne comprend pas la puissance du dualisme équilibré.

Devant les rois usurpateurs de la puissance spirituelle, si le pape n'était plus roi, il ne serait plus rien. Le pape dans l'ordre temporel subit comme un autre les préjugés de son siècle. Il ne saurait donc abdiquer son pouvoir temporel quand cette abdication serait un scandale pour la moitié du monde.

Quand l'opinion souveraine de l'univers aura proclamé hautement qu'un prince temporel ne peut pas être pape, quand le czar de toutes les Russies et le souverain de la Grande-Bretagne auront renoncé à leur sacerdoce dérisoire, le pape saura ce qui lui reste à faire.

Jusque-là, il doit lutter et mourir, s'il le faut, pour défendre l'intégrité du patrimoine de saint Pierre.

La science de l'équilibre moral fera cesser les querelles de religion et les blasphèmes philosophiques. Tous les hommes intelligents seront religieux, quand il sera bien reconnu que la religion n'attente pas à la liberté d'examen, et tous les hommes vraiment religieux respecteront une science qui reconnaîtra l'existence et la nécessité d'une religion universelle.

Cette science répandra un jour nouveau sur la philosophie de l'histoire et donnera un plan synthétique de toutes les sciences naturelles. La loi des forces équilibrées et des compensations organiques révélera une physique et une chimie nouvelles; alors de découvertes en découvertes, on en reviendra à la philosophie hermétique, et l'on admirera ces prodiges de simplicité et de clarté oubliés depuis si longtemps.

La philosophie alors sera exacte comme les mathématiques, car les idées vraies, c'est-à-dire, identiques à l'être, constituant la science de la réalité fournissent avec la raison et à la justice des proportions exactes et des équations rigoureuses comme les nombres. L'erreur donc ne sera plus possible qu'à l'ignorance; le vrai savoir ne se trompera plus.

L'esthétique cessera d'être subordonnée aux caprices du goût qui change comme la mode. Si le beau est la splendeur du vrai, on devra soumettre à d'infaillibles calculs le rayonnement d'une lumière dont le foyer sera incontestablement connu et déterminé avec une rigoureuse précision.

La poésie n'aura plus de tendances folles et subversives. Les poètes ne seront plus ces enchanteurs dangereux que Platon bannissait de sa république en les couronnant de fleurs; ils seront les musiciens de la raison et les gracieux mathématiciens de l'harmonie.

Est-ce à dire que la terre deviendra un Eldorado? Non, car, tant qu'il y aura une humanité, il y aura des enfants, c'est-à-dire des faibles, des petits, des ignorants et des pauvres.