Alors la civilisation primitive s'écroula, les géants, c'est-à-dire les représentants de la force brutale et des convoitises effrénées, se disputèrent le monde qui ne put leur échapper qu'en s'abîmant sous les eaux du déluge où s'effacèrent toutes les traces du passé.

Ce déluge figurait la confusion universelle où tombe nécessairement l'humanité lorsqu'elle a violé et méconnu les harmonies de la nature.

Le péché de Samyasa et celui d'Adam se ressemblent, tous deux sont entraînés par la faiblesse du coeur, tous deux profanent l'arbre de la science et sont repoussés loin de l'arbre de vie.

Ne discutons pas les opinions ou plutôt les naïvetés de ceux qui veulent prendre tout à la lettre, et qui pensent que la science et la vie ont pu pousser autrefois sous forme d'arbres, mais admettons le sens profond des symboles sacrés.

L'arbre de la science, en effet, donne la mort lorsqu'on en absorbe les fruits, ces fruits sont la parure du monde, ces pommes d'or sont les étoiles de la terre.

Il existe à la bibliothèque de l'Arsenal un manuscrit fort curieux qui a pour titre: Le livre de la pénitence d'Adam. La tradition kabbalistique y est présentée sous forme de légende, et voici ce qu'on y raconte:

«Adam eut deux fils, Caïn qui représente la force brutale, Abel qui représente la douceur intelligente. Ils ne purent s'accorder, et ils périrent l'un par l'autre, aussi leur héritage fut-il donné à un troisième fils nommé Seth.»

Voilà bien le conflit des deux forces contraires tournant au profit d'une puissance synthétique et combinée.

«Or Seth, qui était juste, put parvenir jusqu'à l'entrée du paradis terrestre sans que le chérubin l'écartât avec son épée flamboyante.» C'est-à-dire que Seth représente l'initiation primitive.

«Seth vit alors que l'arbre de la science et l'arbre de la vie s'étaient réunis et n'en faisaient qu'un.»