»Avec un doigt on ferme une aile du nez, par l'autre on attire l'air, puis on la ferme avec un doigt en pensant que Dieu est le créateur, qu'il est dans tous les animaux, dans la fourmi comme dans l'éléphant: on doit rester enfoncé dans ces pensées.
»D'abord on dit Aum douze fois; et pendant chaque aspiration il faut dire Aum quatre-vingts fois, puis autant de fois qu'il est possible...
»Faites tout cela pendant trois mois, sans crainte, sans paresse, mangeant et dormant peu; au quatrième mois les dévas se font voir à vous; au cinquième vous aurez acquis toutes les qualités des dévatas; au sixième vous serez sauvé, vous serez devenu Dieu.»
Il est évident qu'au sixième mois, le fanatique assez imbécile pour persévérer dans une semblable pratique sera mort ou fou.
S'il résiste à cet exercice de soufflet mystique, l'Oupnek'hat, qui ne veut pas le laisser en si beau chemin, va le faire passer à d'autres exercices.
«Avec le talon bouchez l'anus, puis tirez l'air de bas en haut du côté droit, faites-le tourner trois fois autour de la seconde région du corps; de là faites-le parvenir au nombril, qui est la troisième; puis à la quatrième, qui est le milieu du coeur; puis à la cinquième, qui est la gorge; puis à la sixième, qui est l'intérieur du nez, entre les deux sourcils; là retenez le vent: il est devenu le souffle de l'âme universelle.»
Ceci nous semble être tout simplement une méthode de se magnétiser soi-même et de se donner par la même occasion quelque congestion cérébrale.
«Alors, continue l'auteur de l'Oupnek'hat, pensez au grand Aum, qui est le nom du Créateur, qui est la voix universelle, la voix pure et indivisible qui remplit tout; cette voix est le Créateur même; elle se fait entendre au contemplateur de dix manières. Le premier son est comme la voix d'un petit moineau; le deuxième est le double du premier; le troisième est comme le son d'une cymbale; le quatrième comme le murmure d'un gros coquillage; le cinquième est comme le chant de la vînâ (espèce de lyre indienne); le sixième comme le son de l'instrument qu'on appelle tal; le septième ressemble au son d'une flûte de bacabou posée près de l'oreille; le huitième au son de l'instrument pakaoudj, frappé avec la main; le neuvième au son d'une petite trompette, et le dixième au son du nuage qui rugit et qui fait dda, dda, dda!...
»À chacun de ces sons le contemplateur passe par différents états, jusqu'au dixième où il devient Dieu.
»Au premier, les poils de tout son corps se dressent.