Moïse nous raconte qu'à leur sortie d'Égypte, les Israélites emportèrent les vases sacrés des Égyptiens. Cette histoire est allégorique, et le grand prophète n'eût pas encouragé son peuple au vol. Ces vases sacrés, ce sont les secrets de la science égyptienne que Moïse avait appris à la cour de Pharaon. Loin de nous l'idée d'attribuer à la magie les miracles de cet homme inspiré de Dieu; mais la Bible elle-même nous apprend que Jannès et Mambrès, les magiciens de Pharaon, c'est-à-dire les grands hiérophantes d'Égypte, accomplirent d'abord, par leur art, des merveilles semblables aux siennes. Ainsi, ils changèrent des baguettes en serpents et des serpents en baguettes, ce qui peut s'expliquer par prestige ou fascination. Ils changèrent l'eau en sang, ils firent paraître instantanément une grande quantité de grenouilles, mais ils ne purent amener ni des mouches ni d'autres insectes parasites, nous avons déjà dit pourquoi, et comment il faut expliquer leur aveu lorsqu'ils se déclarèrent vaincus.

Moïse triompha et emmena les Israélites hors de la terre de servitude. À cette époque, la vraie science se perdait en Égypte, parce que les prêtres, abusant de la grande confiance du peuple, le laissaient croupir dans une abrutissante idolâtrie; là était le grand écueil de l'ésotérisme. Il fallait voiler au peuple la vérité sans la lui cacher; il fallait empêcher le symbolisme de s'avilir en tombant dans l'absurde; il fallait entretenir dans toute sa dignité et dans toute sa beauté première le voile sacré d'Isis. C'est ce que le sacerdorce égyptien ne sut pas faire. Le vulgaire imbécile prit pour des réalités vivantes les formes hiéroglyphiques d'Osiris et d'Hermanubis. Osiris devint un boeuf, et le savant Hermès un chien. Osiris, devenu boeuf, se promena bientôt sous les oripeaux du boeuf Apis, et les prêtres n'empêchèrent pas le peuple d'adorer une viande prédestinée à leur cuisine.

Il était temps de sauver les saintes traditions. Moïse créa un peuple nouveau, et lui défendit sévèrement le culte des images. Malheureusement ce peuple avait déjà vécu avec les idolâtres, et les souvenirs du boeuf Apis le poursuivaient dans le désert. On sait l'histoire du veau d'or, que les enfants d'Israël ont toujours adoré un peu. Moïse, cependant, ne voulut pas livrer à l'oubli les hiéroglyphes sacrés, et il les sanctifia en les consacrant au culte épuré du vrai Dieu. Nous verrons comment tous les objets servant au culte de Jéhovah étaient symboliques, et rappelaient les signes révérés de la révélation primitive.

Mais il faut en finir d'abord avec la gentilité et suivre, à travers les civilisations païennes, l'histoire des hiéroglyphes matérialisés et des anciens rites avilis.

CHAPITRE V.

MAGIE EN GRÈCE.

Sommaire.--La fable de la toison d'or.--Orphée, Amphion et Cadmus.--Clef magique des poëmes d'Homère.--Eschyle révélateur des mystères.--Dogme d'Orphée expliqué par la légende.--Les oracles et les pythonisses.--Magie noire de Médée et de Circé.

Nous touchons à l'époque où les sciences exactes de la magie vont se revêtir de leur forme naturelle: la beauté. Nous avons vu dans le Sohar le prototype de l'homme se lever dans le ciel en se mirant dans l'océan de l'Être. Cet homme idéal, cet ombre du Dieu pantomorphe, ce fantôme viril de la forme parfaite ne restera pas isolé. Une compagne va lui naître sous le doux ciel de l'Héllénie. La Vénus céleste, Vénus chaste et féconde, la triple mère des trois Grâces, sort à son tour, non plus des eaux dormantes du chaos, mais des ondes vivantes et agitées de cet archipel murmurateur de poésie où les îles pavoisées d'arbres verts et de fleurs semblent être les vaisseaux des dieux.