C'était le grand ami de frère Jean.

Frère Jean, en ce moment, était fort affairé autour des tables où se rafraîchissaient les danseurs, car on avait dressé des tables autour des charmilles.

Rabelais avait fait apporter une pièce de vin de sa cave, et dom Buinard distribuait les brocs.

Guilain avait préludé sur un air simple et doux, un peu triste même comme la campagne en automne, puis son archet s'était animé, l'automne se refaisait un printemps à force de raisins, les vendangeurs chantaient, la cuve débordait, les visages s'enluminaient, puis on entendait crier le pressoir et la vendange bouillonner. Ce n'étaient que chansons de buveurs tâtant le vin nouveau; c'étaient les muses barbouillées de lie. Puis l'ivresse devenait lucide, l'oracle de la dive bouteille faisait entendre son dernier mot: trinquez! Guilain alors est la sibylle sur le trépied, son visage pâle s'illumine, il prophétise, il chante… et voici à peu près la chanson qu'il improvisa:

LA CHANSON DE GUILAIN

AIR: Des Flons-flons.

En remplissant leurs verres,
Le gentil Rabelais
Disait à ses confrères
Marot et Saint-Gelais:

Trinquons donc, la rira dondaine,
Gai, gai, gai,
La rira dondé,
Trinquons donc, la rira dondaine,
Et flon flon flon,
La rira dondon!

Malgré les balivernes,
Des cracheurs de latin;
Nous sommes des lanternes
Dont l'huile est le bon vin.

Trinquons donc, etc.