—Tout juste, répondit la bonne femme, et c'est pour lui que je travaille.
—Adieu, lui dit Pierre, le temps qu'il fait ne nous permet pas de causer davantage.
Ayant rejoint Paul, ils se mirent à couvert sous un petit auvent à quatre pas de là, et se consultèrent ensemble de ce qu'ils feraient en cette occasion. Après avoir été un quart d'heure un peu embarrassés:
—Voyons, dit Pierre, ce qu'il en sera; risquons le paquet. Si vilain que soit cet homme, peut-être aura-t-il quelque honnêteté pour nous; ces sortes de gens ont quelquefois de bons moments.
—Allons, dit Paul, je vais faire la harangue; je voudrais de tout mon coeur en être quitte, et que nous fussions déjà retirés. Ils arrivèrent enfin à la porte de M. Richard, comme il s'allait mettre à table. Ils heurtèrent fort doucement, et un valet étant venu à la hâte, et ayant passé nue tête au bout de la cour, se sentant mouillé, leur demanda fort brusquement ce qu'ils souhaitaient; Paul, qui était obligé de porter la parole, le pria avec toutes sortes d'honnêtetés de vouloir bien demander à son maître s'il aurait assez de bonté que d'accorder un petit coin de sa maison à deux hommes très-fatigués.
—Vous prenez bien de la peine, leur dit-il, mes bonnes gens, mais c'est du temps perdu, mon maître ne loge jamais personne.
—Je le crois, dit Paul; mais faites-nous l'amitié, par grâce, d'aller lui dire que nous souhaiterions bien avoir l'honneur de le saluer.
—Ma foi, dit le valet, le voila sur la porte de la salle, parlez-lui vous-même.
—Qui sont ces gens-là? dit Richard à son valet d'une voix assez élevée.
—Ils demandent à loger, répondit l'autre.