—Ça! dit frère Jean, racontons-nous un peu nos aventures. Il ne tient qu'à nous de commencer ici un poëme épique et de nous donner mutuellement le commencement de nos faits et gestes héroïques, car je me doute bien que vous avez eu à soutenir de grands combats, tant à Fontenay-le-Comte qu'à la Basmette.

—Frère Buinard, dit maître François, je te renie pour mon frère en moinerie si tu me dis vous comme à un étranger; je veux bien te raconter mes aventures de la Basmette, mais tu me diras ensuite tout ce que tu sais des nouvelles de céans, et pourquoi messire Thomas, mon père, est si fort irrité contre moi.

—-C'est précisément, dit frère Jean, pour tes exploits de la Basmette; mais raconte-les-moi, car je n'en suis pas bien informé.

Et là-dessus maître François lui raconta ce que nous avons déjà vu dans Rabelais à la Basmette.

—Vivat! frère Lubin, dit le moine, et buvons frais à la santé de la gentille Marjolaine. Si jamais je vais en Anjou, je veux lui apprendre mes patenôtres.

—Bon! et en quoi tes patenôtres diffèrent-elles des patenôtres du monde chrétien?

—Ce sont les patenôtres de quintessence, dit frère Jean: mais revenons à nos moutons.—Voici qu'on nous apporte des grillades.

—Bien! nos moutons, à ce qu'il nous paraît, portaient de la soie pour de la laine. C'étaient des rustres parvenus.

—Ou bien des moines enrichis: mais parlons d'autre chose. Tu veux, n'est-ce pas, savoir des nouvelles de ton père et de ta famille, qui te faisait tout à l'heure assez rudement accueillir?

—C'est ce que je te demande, frère Jean mon ami, par les houseaux de saint Benoît.