—Non, dit Violette avec douceur, je sais bien maintenant que personne ne veut me le prendre. J'avais peur dans les premiers jours qu'un homme ne prétendit être le père de mon enfant, ce qui eût été un grand mensonge, car c'est le bon Dieu qui m'a donné mon enfant à la suite d'un beau rêve que j'ai fait. Je suis encore ce que j'étais avant, puisque je n'ai pas aimé d'homme, et qu'aucun homme ne m'a aimée! Tout ce qui est resté vrai de mon joli songe d'amour, c'est toi, mon bel enfant chéri! et Violette effleura de ses lèvres le front paisible de son enfant.
Maintenant, ajouta-t-elle, pourquoi le cacherais-je? je n'ai pas honte de lui; j'en suis fière! Il faut bien que je le montre au soleil pour que le soleil le réchauffe et le caresse. Tout le ciel doit l'aimer et lui faire gracieux accueil, puisque c'est l'enfant du bon Dieu.
—Ma chère Violette, dit maître François un peu ému, ne seriez-vous pas bien aise de donner un nom à ce petit ange?
—Oh! certainement! dit naïvement la mère; je veux le faire baptiser. Si j'ai tardé jusqu'à présent, c'est que je craignais de parler à M. le curé, car je ne comprends jamais rien à ce que les prêtres me disent, et il me semble toujours qu'ils me regardent comme une folle.
—Je suis prêtre et je vous comprends. Je me charge du baptême, mais ce n'est pas de cela que je voulais vous parler. Vous savez que devant la loi un enfant, pour être légitime, doit porter le nom de son père.
—Nous l'appellerons donc Amour trompé, dit tristement la jeune femme… Oh! non cependant, pas trompé; puisque c'était mon enfant que je désirais! Si ce cher mignon doit porter le nom de son père, il faudra lui donner le plus joli de tous les noms du bon Dieu.
—Je vois que vous ne pardonnez pas à celui qui vous a trompée. Mais s'il était repentant, et qu'il voulût vous épouser, le refuseriez-vous?
—Qui donc? dit Violette, comme sortant d'un rêve.
—Moi, dit alors Jérôme en sortant tout à coup de sa cachette et en se jetant assez gauchement aux genoux de la jeune femme.
—Mon enfant! prenez garde! ne touchez pas à mon enfant! dit-elle en se levant avec précipitation.