—Mais alors le réparez-vous?
—Quoi réparer? et que voulez-vous que je répare? l'honneur d'une fille? c'est un bijou qui ne se raccommode jamais. D'ailleurs chacun doit répondre de ses fautes, et j'ai assez des miennes.
—Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, disent les patenôtres.
—Mais… en tout ceci personne ne m'a offensé, que je sache.
—Eh bien! alors, pourquoi vous chargez-vous de punir?
—Mon bien est à moi, monsieur notre maître, et j'en puis faire ce qui me plaît, dit ici le vieux Thomas impatienté.
—Fort bien, messire; voilà qui est parlé. Et si tous les pénitents disaient de même, point ne serait besoin de tant de docteurs pour diriger les consciences. Je fais ce que bon me semble; voilà qui répond à tout en matière de morale. Le bon Dieu ne dirait pas mieux. Vous n'aviez pas besoin, en ce cas, de nous faire venir; je vais, s'il vous plaît, retourner à Chinon et je vous renverrai le médecin.
—Ne vous fâchez pas, voyons: je veux faire de ce qui est à moi le meilleur usage possible; et puisque tout nous vient de Dieu, c'est à Dieu que je voudrais rendre ce qui m'est venu de lui. Je sens bien que lui seul est le grand propriétaire, et que nous sommes ses petits fermiers. Quand nous mourons il nous fait rendre gorge, et nous n'emportons rien qu'un vieux drap, quand notre héritier nous le donne. Cela est bien triste, docteur!
—Oui, triste pour le mauvais riche, et consolant pour le pauvre Lazarus qui doit avoir son tour et se réjouir, tandis que l'autre va pleurer et grincer des dents; tout cela est dit en parabole et se réalisera en vérité; c'est pourquoi les sages qui prévoient l'avenir ont horreur du bien mal acquis, et aiment mieux vivre dénués de tout que de mourir voleurs.
—Est-ce donc qu'à votre avis, notre maître, tous les riches sont des voleurs?