[Note 121: ][ (retour) ] Communes (ville et banlieue) de la Sicile ayant plus de 15,000 habitants en 1871:
Palerme (Palermo).... 219,000 hab.
Messine (Messina).... 112,000 »
Catane (Catania)..... 84,000 »
Aci-Reale............ 36,000 »
Marsala.............. 34,000 »
Trapani.............. 33,500 »
Modica............... 33,000 »
Caltanissetta........ 26,500 »
Caltagirone.......... 26,000 »
Termini.............. 26,000 »
Piazza Armerina...... 22,100 »
Syracuse (Siracusa).. 21,500 »
Alcamo............... 21,000 »
Canicatti............ 21,000 »
Agrigente (Girgenti). 20,500 »
Barcellona........... 20,500 »
Castelvetrano........ 20,500 »
Partinico............ 20,000 »
Alcamo............... 19,500 »
Licata............... 16,500 »
Corleone............. 16,200 »
Vittoria............. 16,000 »
Comiso............... 15,800 »
Paterno.............. 15,300 »
Nicosia.............. 15,000 »
Sciacca.............. 15,000 »
Noto................. 15,000 »
ILES ÉOLIENNES.
Les îles Éoliennes ou de Lipari, quoique séparées de la Sicile par un détroit de plus de 600 mètres de profondeur, peuvent être considérées comme une dépendance de la grande île: ce sont, disait-on, de petits volcans nés à l'ombre de l'Etna. Situées en partie sur la ligne de jonction qui réunit au Vésuve la haute montagne fumante de la Sicile, elles appartiennent probablement à la même ère de formation, et ne sont peut-être que les évents distincts d'un seul et même foyer sous-marin ayant crevassé en trois fissures étoilées le fond de la mer Tyrrhénienne. Chacune des îles n'est qu'un amas de débris rejetés, laves, cendres ou pierres ponces; toutes ont gardé leur aspect de volcans solitaires ou agglutinés en groupes; deux îles même, Vulcano et Stromboli, sont encore dans leur période d'activité, et leurs flammes, leurs fumées ondoyantes servent toujours d'indices aux marins et aux pêcheurs pour leur faire pressentir les changements de température et les variations du vent. Il est très-probable que les divers phénomènes volcaniques, interprétés avec intelligence pour la prédiction du temps, ont été la raison qui a fait mettre l'archipel sous l'invocation d'Éole; c'est là que le dieu se révélait aux matelots. L'île de Lipari est à la fois la plus étendue du groupe et celle qui se trouve au centre de divergence des crevasses sous-marines. Elle est aussi de beaucoup la plus populeuse et renferme à elle seule les trois quarts des habitants de l'archipel. Sur la rive orientale, une ville considérable s'élève en un double amphithéâtre, aux deux pentes d'un promontoire que couronne un vieux château. Une plaine bien cultivée en oliviers, en orangers, en vignes, qui donnent d'excellents produits, s'étend autour de la ville; les déclivités des montagnes environnantes sont elles-mêmes couvertes de champs jusqu'au voisinage du sommet. Comme en Sicile-même, la population s'est recrutée des éléments les plus divers depuis l'époque où des colons grecs de Rhodes, de Cnide et de Sélinonte sont venus conclure alliance avec les autochthones, et maintenant plus que jamais le sang des Lipariotes se renouvelle constamment par suite du va-et-vient que produit le commerce et de l'arrivée de nombreux bannis de la Calabre, anciens brigands devenus de tranquilles bourgeois de l'île. Toute cette population peut multiplier en paix dans la petite île, car les volcans de Lipari sont en repos depuis plusieurs siècles: c'est là probablement ce que signifie la légende des Lipariotes, d'après laquelle San Calogero aurait chassé les diables de leur île pour les enfermer dans les fournaises de Vulcano; on peut en inférer que la fin des éruptions date de l'établissement du christianisme à Lipari, vers le sixième siècle. L'activité souterraine dont les deux centres principaux étaient le Sant' Angelo et le Monte della Guardia, ne se manifeste plus que par des sources thermales et par des exhalaisons de vapeurs chaudes, que l'on utilise depuis l'antiquité pour la guérison des maladies. Cependant le sol de l'île est encore fréquemment secoué. Le tremblement de terre de 1780 fut si violent, que les habitants effrayés se vouèrent spontanément à la Vierge; un an après, Dolomieu les trouva portant tous au bras une petite chaîne pour montrer qu'ils s'étaient faits les esclaves de la madone «libératrice».
Lipari est une terre promise pour le géologue, à cause de l'extrême variété de ses laves. Une de ses hauteurs, le Monte della Castagna, est en entier composé d'obsidienne; une autre colline élevée, le Monte ou Campo Bianco, consiste en pierres ponces qui de loin ressemblent à des champs de neige. De longues coulées pareilles à des avalanches remplissent toutes les ravines, du sommet de la montagne au rivage de la Méditerranée; dans le voisinage de l'île, les eaux sont parfois couvertes de ces pierres flottantes, qui ressemblent à des flocons d'écume: on en trouve jusque sur les côtes de la Corse. C'est l'île de Lipari qui approvisionne de ponce tous les industriels de l'Europe [122].
Superficie. Population en 1871.
Lipari 32 14,000
Vulcano 25 100(?)
Panaria et îlots voisins 20 200
Stromboli 20 500
Salina 28 4,500
Felicudi 15 800
Alicudi 8 300
________________ ________
148 kil. car. 18,400
Vulcano, au sud de Lipari, contraste étrangement avec l'île riante dont la sépare un détroit d'un kilomètre à peine dans sa partie la moins large. A l'exception du versant méridional, où les pentes rougeâtres sont zébrées de quelques nuances de vert dues aux plants de vignes et d'oliviers, Vulcano ne présente aux regards que des scories nues; c'est bien ainsi que doit être l'île anciennement consacrée à Vulcain. La plupart des roches sont noires ou d'un beau rouge comme le fer, mais il en est aussi d'écarlates, de jaunes, de blanchâtres; presque toutes les couleurs sont représentées dans ce cirque de l'enfer, moins celle que donne la verdure. L'île est double; au nord s'élève le Vulcanello, petite montagne d'éruption qui surgit de la mer à une époque inconnue et qu'un isthme de cendres rougeâtres réunit au volcan principal vers le milieu du seizième siècle. La montagne centrale est percée d'un cratère de 2 kilomètres de circonférence, d'où les vapeurs s'échappent en tourbillons. L'air est saturé de gaz où domine une odeur sulfureuse difficile à respirer. Un bruit incessant de soupirs et de sifflements emplit l'enceinte, et de tous les côtés on voit entre les pierres de petits orifices d'où s'élancent les vapeurs. Quelques-unes des fumerolles ont une température supérieure à 360 degrés. D'autres jets moins chauds se font jour en diverses parties de l'île et même jusque dans la baie. Des bords du grand cratère, on aperçoit des nuages de vapeur qui montent du fond de la mer et se développent en larges volutes blanches semblables d'aspect à des boues argileuses. Les éruptions violentes sont rares, puisque dans le dix-huitième siècle on n'en a compté que trois; la dernière, celle de 1873, s'est produite après un repos de cent années. Naguère la population de Vulcano se composait de quelques malheureux bannis chargés de recueillir le soufre et l'acide borique du cratère et de fabriquer en outre un peu d'alun. Chaque semaine on leur portait des vivres de Lipari; mais un Écossais entreprenant s'est récemment emparé du grand laboratoire de produits chimiques offert par le cratère de Vulcano: il a fondé près du port une usine considérable, et quelques arbres plantés autour de sa résidence d'architecture mauresque ont changé un peu l'aspect formidable de la contrée.
Moins grande que Lipari et que Vulcano, l'île la plus septentrionale de l'archipel, Stromboli, l'antique Strongyle, est de beaucoup la plus célèbre, à cause de ses éruptions fréquentes; depuis l'antiquité la plus reculée, il est peu de marins qui, passant à sa base, n'en aient vu flamboyer la cime. Très-souvent on observe un véritable rhythme dans le jeu des bouches du cratère, ouvertes au milieu des trois enceintes concentriques, en partie égueulées, qui forment la partie supérieure du volcan; de cinq en cinq minutes, et quelquefois plus fréquemment encore, les laves se gonflent en ampoules dans la chaudière, puis font explosion en lançant dans l'espace des tourbillons de vapeur accompagnés de fragments solides. Mais, comme au temps de Strabon, ces éruptions, fort agréables à voir à cause de la splendeur de leurs feux, n'ont rien de dangereux, et les Stromboliotes vivent sans crainte à la base du volcan, sans que jamais leurs vignes et leurs olivettes soient endommagées par des coulées de lave; cependant le volcan a eu aussi ses moments d'exaspération, car les cendres du Stromboli ont été maintes fois portées jusque sur les côtes de Calabre, à la distance de plus de 50 kilomètres. Il est très-probable que, dans la lutte du feu contre les eaux, celles-ci l'ont emporté, car l'îlot de Stromboluzzo, que l'on voit se dresser comme un phare au nord de l'île et contre lequel les vagues de tempêtes viennent se briser en prodigieuses fusées, faisait autrefois partie de la terre voisine; il en a été séparé par les érosions de la mer.
Le groupe des îles de Panaria, entre Stromboli et Lipari, a eu également à subir beaucoup de changements, s'il est vrai, comme le pensent Dolomieu et Spallanzani, que ce soient là les débris d'une île occupant jadis tout l'espace où se trouvent les îlots et les bancs de sable de Panaria, de Basiluzzo, de Lisca Bianca; le cratère commun se serait ouvert dans le voisinage de l'île de Dattilo; une source d'eau chaude et de temps en temps quelques bouillonnements de l'eau marine témoigneraient d'un reste d'activité. Du temps de Strabon, il n'était pas rare de voir dans ces parages des flammes courir à la surface de la mer. Le géographe grec raconte aussi qu'une île de lave, dont l'ancienne position n'est pas identifiée, fit son apparition dans le groupe de Lipari. Quelques jets de vapeur émis par les rochers de la côte sicilienne, entre Milazzo et Cefalù, semblent provenir aussi du foyer de laves du groupe éolien.
Quant aux îles occidentales de l'archipel, Salina, nommée par les Grecs la Jumelle (Didyme) à cause de sa double cime, Felicudi, formée comme Vulcano d'un grand volcan se rattachant à un petit cône par un mince pédoncule, Alicudi, cime d'une régularité parfaite, qui de loin ressemble à une tente posée au bord de l'horizon, ces terres sommeillent depuis l'époque historique, mais rien ne prouve que ce repos soit définitif. L'île d'Ustica, située au nord du littoral de Palerme, est également tranquille, quoiqu'elle soit aussi d'origine volcanique, et qu'elle se trouve probablement à l'extrémité de la crevasse profonde d'où se sont élevées les îles de Lipari. Ustica, perdue pour ainsi dire au milieu de la mer, est un terrible lieu d'exil, l'un des plus redoutés des bannis de la Péninsule. A une petite distance au nord-ouest est l'îlot désert de Medico, l'antique Osteodes où blanchirent les os des mercenaires abandonnés par les Carthaginois à la mort de la faim.