A l'est du Lario, le Sebino ou lac d'Iseo et le laquet d'Idro, qu'alimentent des torrents descendus des glaces de l'Adamello, présentent les mêmes phénomènes de comblement rapide; le grand Benaco ou lac de Garde, la plus vaste des mers alpines, est au contraire très-stable dans ses contours et dans la forme de son lit, à cause de la faible quantité d'eau qu'il reçoit, proportionnellement à la contenance de sa cavité. Si l'Adige voisine avait suivi l'ancien cours de l'immense fleuve de glace tirolien et ne s'était ouvert un défilé à travers les montagnes calcaires du Véronais, le Benaco serait certainement changé en terre ferme dans une grande partie de son étendue. Quant aux anciens lacs des Alpes vénitiennes, ils ont depuis longtemps disparu, sauf quelques petits bassins, ce qu'il faut probablement attribuer à la destruction rapide des roches fissurées des montagnes dolomitiques. Celui du bas Tagliamento, dont l'emplacement est encore marqué par de vastes tourbières, est le lac oriental des Alpes qui semble s'être maintenu le plus longtemps [59].
[Note 59: ][ (retour) ] Lacs italiens des Alpes, de plus de 10 kilomètres carrés de superficie:
(1) Noms des lacs.
(2) Superficie moyenne (kil. car.).
(3) Altitude moyenne. (mèt.)
(4) Profondeur extrême.
(5) Profondeur moyenne.
(6) Contenance approximative (mèt. cub.).
(1) (2) (3) (4) (5) (6)
Lac d'Orta............... 14 342 250(?) 150(?) 2,100,000,000
Verbano ou lac Majeur.... 211 197 375 210 44,000,000,000
Lac de Varese............ 16 235 26 10 160,000,000
Ceresio ou lac de Lugano. 50 271 279 150 7,200,000,000
Lario ou lac de Como..... 156 202 412 247 35,000,000,000
Sebino ou lac d'Iseo..... 60 197 298 150 9,000,000,000
Lac d'Idro............... 14 378 122(?) (?) (?)
Benaco ou lac de Garde... 300 69 294(?) 150(?) 45,000,000,000(?)
Comme tous les réservoirs de même nature, les bassins lacustres des Alpes italiennes servent de régulateurs aux eaux torrentielles qui s'y déversent. A l'époque des crues, ils emmagasinent le trop-plein de la masse liquide pour la rendre à l'époque des sécheresses; leur propre écart entre les hautes et les basses eaux mesure les oscillations du niveau fluvial dans l'émissaire de sortie. Dans le lac de Garde, véritable mer relativement à l'aire qui lui envoie ses eaux, cet écart est assez faible, et le Mincio coule d'un flot toujours tranquille et pur sous les noires arcades des remparts de Peschiera. Il n'en est de même ni pour le lac de Como, ni pour le Verbano. La quantité d'eau qu'apportent les affluents de ces bassins lacustres est telle, que l'écart entre les niveaux d'étiage et d'hivernage est de plusieurs mètres et que les fleuves de sortie varient dans la proportion de l'unité à l'octantuple [60]. Des maigres extrêmes aux crues les plus fortes, le lac de Como s'accroît de près de quatre mètres en hauteur et de dix-huit kilomètres carrés en étendue. Le Verbano, encore plus irrégulier dans son régime, s'élève parfois de plus de sept mètres au-dessus de ses basses eaux et couvre alors une superficie de près d'un cinquième plus grande qu'à l'époque de l'étiage. Lors de ces redoutables inondations, le Tessin roule une quantité d'eau à peine inférieure à celle du Nil dans son état moyen; mais ce déluge même n'est pas la moitié de la masse liquide versée par tous les affluents dans le réservoir lacustre. Si le lac Majeur ne modérait pas le débit des eaux de crue en les retenant dans son bassin, les campagnes de la Lombardie se trouveraient alternativement noyées et privées de l'humidité nécessaire.
[Note 60: ][ (retour) ] Régime de l'Adda et du Tessin, au sortir des lacs alpins, d'après Lombardini:
Portée moyenne. Portée la plus basse. Portée la plus forte.
Adda..... 187 16 817
Tessin... 321 50 4,000
VILLA SERBELLONI, LAC DE COMO
Dessin de Taylor, d'après une photographie de M. J. Lévy.
Les lacs alpins de l'Italie ont donc la plus grande importance dans l'économie générale de la contrée. Ils exercent aussi une certaine influence modératrice sur le climat à cause de l'égalité relative de température que gardent les masses liquides en proportion de l'atmosphère. En outre, comme chemins naturels des échanges entre les plaines et les hautes vallées et comme réservoirs de vie animale, ils devaient attirer la population sur leurs rivages et se border de villages nombreux. Mais dès l'époque romaine, et plus tard, lors du renouveau de la civilisation italienne, après que se fut écoulé le flot des migrations barbares, la beauté des paysages est la grande cause qui a fait édifier tant de palais, tant de villas de plaisance sur les bords des grands lacs. De nos jours, c'est par caravanes sans cesse renouvelées que les foules de visiteurs se précipitent vers la merveilleuse contrée pour se reposer le regard et l'esprit par la vue de ces horizons si grandioses et si purs. Et réellement peu de sites en Europe sont comparables à ce golfe charmant de Pallanza, où sont éparses les îles Borromée avec leur village de pêcheurs, leurs palais, leur végétation presque tropicale! Non moins belle est cette péninsule de Bellagio, semblable à un jardin suspendu en face des grandes Alpes neigeuses, et d'où l'on voit s'enfuir les deux branches inégales du lac de Como, entre leurs corridors de rochers, de cultures et de villas; plus gracieuse encore, s'il est possible, est cette étonnante presqu'île de Sermide, que l'on voit s'avancer dans l'azur du lac de Garde, pareille à un mince pédoncule s'épanouissant en corolle multicolore!