« Ne soyons pas des chrétiens littéraires, écrivait-il au même Trebutien. Soyons faibles, mais prions Dieu ; et puisqu’il s’est donné à nous dans l’Eucharistie, ne l’y laissons pas sans l’y prendre. »

Le pli de ses inclinations voluptueuses lui infligea-t-il, dans la suite, des rechutes suivies d’un nouveau retour à une vie sans reproche ? Il le laissait entendre, lorsqu’en mai 1878 il confiait à Mgr Anger :

« Dimanche, j’ai eu le bonheur de communier ; je suis rentré dans le chemin droit, j’ai senti vos prières sur mon âme. »

Cependant, depuis sa conversion première, et même avant — dès 1847, il s’était résolument croisé pour les grandes Causes du catholicisme[37], — les certitudes de sa foi ne trahirent aucun fléchissement ; appuyées sur un Absolu métaphysique, elles défiaient ces muances de sentiment où, d’heure en heure, l’être moral se défait et, en souffrant, se reconstitue.

[37] De cette année-là datent ses articles dans la Revue du Monde Catholique sur Mgr de Bonald, sur Clément XIV et les Jésuites, etc.

Son intelligence des idées chrétiennes n’alla qu’en s’approfondissant. Il se plut, lui si altier par complexion, au culte des humbles ; dans son Mémorandum de 1864, il consacre la mémoire d’un imagier de village ignorant et pieux, mais « à qui Dieu avait donné le don de sculpter » ; cet homme s’était voué à relever sur l’ancien plan l’Abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte et à l’orner de statues « pour lesquelles il n’avait pas eu de modèles » ; il était mort, sans avoir achevé :

« Dieu ne veut peut-être pas, conclut d’Aurevilly dans une pensée de mélancolie croyante, que les êtres qu’il aime achèvent rien. »

Assez pauvre pour avoir le droit de glorifier la pauvreté, il se ressouvient quelque part avec admiration d’un vieil aveugle qu’il avait connu, à la porte d’une église de Caen, et dont toute la supplique se bornait à murmurer un éternel Ave Maria : « Belle prière pour un pauvre ! Il semblait saluer les femmes qui passaient de ce noble salut d’Ange : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce » ; et en même temps il priait CELLE-LA qui ne passait pas, mais qui l’entendait mieux que celles qui passaient[38] ». Il aimait les pauvres, parce qu’ils imposent l’image du Christ souffrant à un monde qui ne veut plus de Lui, ni d’eux. Plus tard, il nimbera, dans un Prêtre marié, la figure pâle de l’abbé Méautis, le curé de village indigent même en science théologique, mais riche d’amour et d’immolation, lavant lui-même le linge souillé de sa mère devenue folle, et, un jour, se communiant avec une Hostie vomie par la bouche d’un pestiféré. Chose admirable ! Les pages que d’Aurevilly semble avoir le mieux écrites avec le charbon de feu des Voyants, c’est Saint Benoît Labre, le Curé d’Ars, Sainte Thérèse qui, pour ainsi dire, les lui dictèrent, quand il les magnifia.

[38] Mémorandum de 1856.

La virginité, cette aristocratie suprême, lui inspira de véhémentes adorations. Devant une Vierge de Memling, il se mettait à genoux et osait songer : « Quels yeux baissés ! Elle serait nue que ses paupières baissées ainsi la couvriraient toute mieux qu’un manteau qu’on laisserait tomber sur elle[39]. » Il vengea Jeanne d’Arc, en quelques phrases flamboyantes, des profanations de Michelet, et, en son Aimée de Spens, du Chevalier Destouches, divinisa presque la vieille fille, honorée comme vierge.