« Quand il écrivit ces pages, l’auteur ignorait tout de la vie. L’âme très enivrée alors de ses lectures et de ses rêves, il demandait aux efforts de l’orgueil humain ce que seuls peuvent et pourront éternellement — il l’a su depuis — deux pauvres morceaux de bois mis en croix. »
VILLIERS DE L’ISLE-ADAM
Depuis trente ans qu’il est mort[49] il est illustre et à peine lu.
[49] Le 19 août 1889.
J’ai vécu près d’un demi-siècle, sans rien connaître de lui, sauf quelques titres de ses livres. Ai-je à me repentir d’une si longue incuriosité ? La découverte de ce rare et sublime esprit me réservait des éblouissements inespérables ; mais aussi j’ai dû reconnaître en son œuvre des tendances trop contraires à celles d’où peut surgir un art vivace ; au lieu d’incorporer ses fictions à des réalités permanentes, Villiers semble dissoudre celles-ci dans ses fictions :
Il n’est d’autre univers pour toi,
enseigne Maître Jahus à son disciple Axel,
que la conception qui s’en réfléchit dans tes pensées.
Axel, par un corollaire fatidique, transpose en acte ce négatif dédain du monde extérieur. A la jeune fille qui l’aime, dès la première minute où, brûlant de se donner, elle palpite entre ses bras, il ne propose que de mourir :
Toutes les réalités, demain, que seraient-elles en comparaison des mirages que nous venons de vivre ?